Elle sera longue…longue et belle,

22 09 2008

dixit le curé d’Aigle parlant de la route du Nufenen.


     Après une journée très roulante, les sportifs ont pu se délasser à Brig, ma foi une fort jolie station d’été. C’est à l’hôtel du Pont, dans une chambre financée par un sponsor de dernière minute, le curé du lieu, que le peloton a fait étape. Ce matin, la météo est belle sur le Tour, il fait juste  « -1000 en dessous de 0 »dixit JB .

     On me signale néanmoins dans l’oreillette qu’il pourrait y avoir quelques plaques de neige de la semaine dernière dans la montée du col. Fi. Ces garçons en ont vu d’autres. Dans un langage très cru, JB proclame au réveil : « On va lui mettre sa race à ce col ! »

      Déjeuner de sportif, bien représentatif des importants moyens dont disposent des professionnels dans un pays comme la Suisse : pain rassis, café froid (ben le réchaud lance-flamme dans un hôtel…), confiture à l’extrait naturel de fraise. Chocolat au lait suisse pour faire passer. Les nutritionnistes, vraiment, font du bon travail.

     Départ d’étape dans les rues de Brig à 9h06 très précisément. Les protagonistes du Tour sont tendus, car le carnet de course indique pour le jour d’hui près de 1700m de dénivelée positive. Le peloton reste compact dans les premiers kilomètres, mais très vite, une offensive se dessine. JB se lance. L’attaque n’est toutefois pas dangereuse et l’échappé est rapidement rattrapé à la faveur d’une erreur d’itinéraire de sa part. La tortue a encore gagné : rien ne sert de courir. Non, ça ne sert à rien.


Km 10 : ça commence à grimper. JB, que certains de nos confrères affublent du sobriquet de « l’autiste de Soisy », perdu dans sa bulle de techno-rap, dépasse Bruno dans les premières pentes. Ca pulse dans l’oreillette, ça appuie sur les pédales, ça reste concentré sur la route.


Km 15 : Ohlala. Bruno est à la peine. Il prend son air romantico-contemplatif et fait remarquer sèchement à JB que si lui, il ne monte pas si vite, c’est qu’il admire le paysage…Mine dubitative de JB. Ca cloche quelque part, ce n’est pas du Bruno ça.


Km 20 : Ca grimpe toujours et Bruno est facile beaucoup trop facile. Pour respecter les consignes de course du coach « pas plus vite qu’à fond soit : départ rapide, ensuite on accélère et finish à bloc…. » nil applique une technique bien à lui depuis quelques dizaines de minutes. Un truc discret et efficace, un truc de Bruno. Il bloque un frein dans la montée. Le garçon a de l’avenir ! Il commence à rougir et à transpirer. Devant, ça s’impatiente. L’échappé a fait le break, deux minutes d’avance au dernier pointage. Fair play et intéressé (c’est tout de même Bruno qui a le casse-croûte), le baroudeur, bandeau dans les cheveux, caleçon couche culotte attend son équipier.

Pause technique, débloquage de frein, et c’est reparti dans une pente à 1000%. Bruno, libéré, bataille et laisse JB derrière.

Puis c’est la partie plus roulante du jour, quelques kilomètres à peu près à plat dans le haut du Valais. Ca va vite, à 1200m d’altitude. Les paysages sont grandioses. Herbe verdoyante, vaches noires, mais placides, mignons villages au milieu des prés, bois de sapin ombrageant de frais ruisseaux, et loin, loin au dessus de ces reposantes visions, les pics et les glacières étincelantes de l’Oberland qui apparaissent parfois dans l’alignement des gorges découpant le versant nord de la vallée, et dans le lointain, les 4000 du Valais : Bishorn, Weisshorn, tout rutilants de glaciers et des neiges de l’automne. Et par dessus tout cela, le bleu profond du…

Ohlalaaalalalala ! Catastrophe ! Allo Jean-Guy ? Oui ? Je vous coupe !! Ah, apparemment un souci dans le peloton. Apparemment ça frotte. Ca re-frotte. Ca re-re-frotte. Eh oui, une roue voilée. C’est encore Bruno, qui décidément joue de malchance depuis quelques jours.

Pause technique ! Dévoilage et discussion entre les techniciens. « Moi, je pense qu’il faut que tu tournes dans ce sens » « Que chi, le mec de cycle Jacky, il tournait de gauche à droite ! » « oui, mais le vélo était à l’endroit » « vas y mets la tête en bas et tu verras»… En raison de la violence des dialogues qui vont suivre, voilà une page de pub.

     Le chocolat suisse. Plus fondant, plus goûtu, se vend en plaque de 6, parfait contre la fringale !


Et c’est reparti !

Km 37, les coureurs attaquent La grosse difficulté du Tour. Le Nuffenpass. Un joli col à 2478 m d’altitude. On se sent un poil petit en dessous et un peu démunis avec notre simple vélo.

Les coureurs se lancent. Petites recommandations avant. « Si tu meurs, appelle-moi, fais-moi signe, enfin trouve un truc » !

Petit plateau grand pignon, j’entends quelques grognements. Un des coureurs se plaint de l’inexistence d’une vitesse encore plus petite.

Ca grimpe, ca grimpe sec et fort. Ca zig zag ! Du fond de la vallée, je crois entendre un gros Boum Boum !! Serait ce JB qui se donne du courage en écoutant son Ipod à fond ? Etrange pratique dans un cadre aussi beau. Le glong des cloches des vaches ne semble pas être une assez grande motivation pour lui.

Km 40, échappée de JB. Dopé par les bouts de tissus roses, rouges, verts et autres flottants sur son cadre et… par Daft Punk, le JB crée l’écart. Derrière, rythme régulier, la tortue est égale à elle même. Calme et tranquille.

Km 42: De la sueur, des grognements et des râles… Ca souffre dans le peloton. Avec une vitesse moyenne de 7km/h, les protagonistes ont du mal à voir la fin. Courage, courage.


Mais que se passe t-il dans la tête d’un coureur pendant un effort aussi intense ?

Rien … ou presque.

Bruno: « Je compte mes respirations et je regarde le paysage »

JB: « Ce col est coriace mais je vais y arriver ! Si j’y arrive, une bière pour moi ! Courage JB, c’est ce qu’il y a marqué sur les bouts de tissus ! Scrogneu gneu, je vais mettre une grosse patée à Bruno. Scrogneugneu, j’ai mal… Merdouille c’est encore loin ! Pourquoi je fais ça ? Pour la bière ? Ah oui … ! »


Km 50, après 45 km de montée dont 13 vraiment hard, le peloton arrive en haut ! Ouf, la Route de l’Olivier vient de vivre sa première grosse épreuve.


Vision étrange en haut du col. Voilà une semaine qu’on roule pour découvrir ce monde. On galère pour arriver en haut de ce col et au même moment un car de Japonais débarque. 35 guguss sortent en grappe. Fidèles à leur cliché, ils photographient en deux minutes le paysage grandiose. Ils posent devant nos vélos, s’esclaffent et repartent au bout d’un quart d’heure… On n’a pas la même vision du voyage !


17h02, le peloton repart pour Airola. 23 km de descente bouclés en 20 min. A ce jeux là, Bruno fait une belle perf avec un joli 72 km/h au compteur. Il pourrit la journée de JB qui lui se cantonne à un petit 67 km/h. On lit la notice des remorques…. étrange, apparemment il ne faut pas aller au dessus de 40km/h.

Ce soir, c’est grand luxe. Le peloton s’arrête à Airola. Changement de décors. Ici, on parle italien ; la frontière n’est pas loin. L’architecture commence à ressembler à celle de l’Italie. Y a du style, c’est beau. On est loin du carré germanique. Drôle de pays cette Suisse. On y parle 4 langues et pour autant il y a un grand sentiment de patriotisme. L’accueil est encore un fois génial.

Ce soir le peloton dort… dans un bunker collectif de la commune. 150 m2 de blindage… juste pour nous !

Merci la Suisse.


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8 réponses à “Elle sera longue…longue et belle,”

  1. 22 09 2008
    Ecureuil (22:24:08) :

    Je vois que Bruno fait honneur à la Tortue… face au lièvre de JB ; ça mérite relecture… car tout le monde croit connaître et finalement….

    mais pour plus de supens je vais vous conter une autre tortue.
    Moins connue, et pourtant d’application si courante….
    Elle nous explique pourquoi Bruno sait tant de belles choses, lui le Discret qui a tout compris… il ne desserre pas les dents alors que ses freins serrent ou ses roues se voilent, il tient bon… car il fait valeur de son silence, sa seule survie dans un monde hostile ….. ;-)

    La tortue et les deux canards – Jean de La Fontaine

    Une tortue était, à la tête légère
    Qui, lasse de son trou, voulut voir le pays.
    Volontiers on fait cas d’une terre étrangère ;
    Volontiers gens boîteux haïsent le logis.
    Deux canards, à qui la ommère
    Communiqua ce beau dessein,
    Lui dirent qu’ils avaient de quoi la saitisfaire.
    « Voyez-vous ce large chemin ?
    Nous vous voiturerons, par l’air, en Amérique :
    Vous verrez mainte république,
    Maint royaume, maint peuple ; et vous profiterez
    Des différentes moeurs que vous remarquerez.
    Ulysse en fit autant. On ne s’attendait guère
    De voir Ulysse en cette affaire.
    La tortue écouta la proposition.
    Marché fait, les oiseaux forgent une machine
    Pour transporter la pélerine.
    Dans la gueule, en travers, on lui passe un bâton.
    « Serrez-bien, dirent-ils, gardez de lâcher prise. »
    Puis chaque canard prend ce bâton par un bout.
    La tortue élevée, on s’étonne partout
    De voir aller en cette guise
    L’animal lent et sa maison,
    Justement eu milieu de l’un et l’autre oison.
    « Miracle ! crait-on : venez voir dan les nues
    passer la reine des tortues.
    - La Reine ! vraiment oui, je la suis en effet,
    Ne vous en moquez point. » Elle eût beaucoup mieux fait
    De passer son chemin sans dire autre chose ;
    Car lâchant le bâton en desserrant les dents,
    Elle tombe, elle crève au pied des regardants.
    Son indiscrétion de sa perte fut cause.

    Imprudence, babil, et sotte vanité,
    Et vaine curiosité,
    Ont ensemble étroit parentage.
    Ce sont enfants tous d’un lignage.

    … de quoi débattre pour les prochains vents de face (je blague…)

    @+ et bon roulage

  2. 23 09 2008
    JM (12:47:26) :

    Oulala calmez vous les gars! Bon de toute maniere vous vous calmerez bien assez vite tous seuls! Faut gerer. Nous on est partis a 24kmh de moyenne mais on a bien vitre pris un bon coup de barre et maintenant on se contente de 18 ou 20, mais le soir on est pas fatigues! C’est la premiere semaine la plus dure, courage apres ca va mieux. Si vous passez par l’Autriche ou le Nord de l’Italie, essayez les sport center ou terrains de sports communaux, yen a partout, avec toujours eau potable et abri contre la pluie.
    Sinon, super votre blog!
    JM et JF

  3. 23 09 2008
    camille (14:54:48) :

    je viens de me faire presque une heure de lecture j’avais qq jours de retard !! vive les roues voilees , les supers perf, les cols , les notices luent qq jours en retard etc etc et les photos sont vraiment tip top !!!!!
    bisous avous deux et coouuuuuuuuuuuuuuurrrrrrrrrrrrage

  4. 23 09 2008
    Ppa (20:03:38) :

    Bravo, vous venez de passer le col des 2000…visiteurs. Vos compte-rendus sont excellents et nous vivons la route avec vous, bien au chaud et bien assis dans nos fauteuils… il y a maintenant une question rituelle le soir : « t’es allé(e) sur le blog ?  » Evidemment…. A part ça , ménagez vous quand même, un karushi est vite arrivé.
    Bonne route et ménagez les genoux , il y a encore un million de tour de pédale.

  5. 23 09 2008
    martial (21:22:58) :

    coucou les courageux un petit mot de plus pour vous aidé a appuyer sur les pédales et pour vous dire que tout les grimpeurs de france vous soutiènnent ( plus le club d’asnières en fait ) .Rester fidèle à vous meme bon courage profitez au maximum et surtout merci de nous faire vivre votre reve en live ! a +

  6. 24 09 2008
    Diloonuts (14:34:44) :

    Coucou les sportifs !
    Merci pour vos récits cultivés, avec cet humour décalé : c’est un régal !
    J’ai lu tout le site et tout le blog : ouf, quel boulot !
    J’ai particulièrement aimé la photo d’une partie de vous dans la grande cheminée (sur Picasa). Ca me rappelle quelqu’un… Et puis Bruno qui joue au vélo en pièces détachées style IKEA : c’était pour la roue voilée ?
    Merci aussi pour la citation de St Bernard, et le lien avec le site de Hélie de St Marc, ça manquait à ma culture.
    Grosses bises à vous deux. Prenez bien soin de vous. A bientôt.

  7. 24 09 2008
    Cléric (20:37:09) :

    Oui, je prends en route, non, je n’ai pas fait comme Camille… mais j’imagine bien le lièvre et l’autre lièvre.
    Désormais, je serai fidèle, c’est promis.
    Grosses bises Jeanbat, et Bruno aussi bien sûr.
    PS : il y a un bon vent de nordé dans la baie… mais.. bon !

  8. 25 09 2008
    Marraine ... (18:08:22) :

    Et alors ??? on a pris le goût de ces longs récits tous les jours !!! On attend avec impatience le prochain épisode ! Est ce que vous descendez tellement vite en direction de la Grèce que vous n’avez plus le temps de trouver des cybercafés ?
    Merci pour ce voyage que vous nous faites faire et qu’on suit avec passion.
    Bises et bon courage pour les genoux .. espérons qu’ils ne vont pas faire des leurs !
    Parce que pour continuer dans la foulée des autres petits mots postés sur ce blog : … Qui veut voyager loin ménage ses genoux !
    ça ne rime pas comme écriture ni biture mais ça le fait quand même !!!

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