Le gratin cairote…

19 01 2009

Peuple Egyptien
Album : Peuple Egyptien

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Do mi si … Le Caire, le Caire, deux semaines d’arrêt ! Voilà donc plus de quinze jours que nous sommes plantés en Egypte. La Route de l’Olivier n’a pas calé, non,  elle est en attente. En régate, on appelle ça aussi une waiting period, le marin attend une fenêtre météo favorable pour mettre les voiles. Nous, on attend. On attend quoi ? Parfois on se le demande. Cette situation est tellement frustrante que parfois on évite d’y penser. On attend un tampon, un vulgaire sceau d’encre sur un bout de papier, un sésame indispensable pour notre entrée en Libye. Nous, Européens habitués à notre bien aimé espace Schengen, on en prend de la graine : n’importe qui attend au moins un mois avant d’entrer chez nous ! Attendre un hypothétique visa est pour le moins pénible. Le dénouement de la crise  devrait avoir lieu le 20 ou le 21 janvier dans les bureaux de la chaleureuse ambassade de Libye au Caire. Deux scénarios seront alors possibles. Soit nous obtenons ce visa de transit valable 10 jours et on s’embarque alors pendant 36 heures dans un bus direction Tripoli, soit la réponse est négative et pour des raisons de budget nous serons alors obligés de prendre un avion directement pour Casablanca au Maroc. D’ici là nous attendons. Wait and see, comme dit Mortimer. Alors on meuble à notre façon.

Attablés dans un petit resto au pied du mont Moise à Sainte Catherine, deux français regardent un peu dans le vide, la tête dans leur assiette de kochary ; chacun essaye de se motiver comme il peut… Mélancolique, l’attente commence à être longue, stagner n’est pas dans notre nature et le départ d’une équipière de choc plombe profondément le moral d’un autre…  Pour se changer les idées, on pense à la montagne que nous allons grimper dans quelques heures, on pense aux deux semaines exceptionnelles que nous venons de vivre qui nous ont fait découvrir un peuple finalement très attachant. 

Arrivés à deux au Caire, c’est à trois finalement que nous avons découvert l’Egypte. Le Caire pour  JB était une  étape  attendue, rêvée  et maintes fois ressassée durant les trois derniers mois. Magie de l’avion traceur de ligne droite et réducteur de distance, c’est dans cette agglomération grouillante  que  pendant un temps, le tandem Bruno JB s’est transformé en Tridem avec la venue de Charlotte. 

Au cours de ces deux semaines, notre vision du peuple égyptien a bien changé. Tous trois étrangers dans un pays dans lequel nous ne maitrisons ni la langue ni la culture nous n’avons donc qu’une vision partielle et superficielle de la chose. Nous écrivons ce que nous avons ressenti, ce que nous avons vécus en temps qu’humble  petit observateur. 

Notre premier contact avec les Egyptien fut quelque peu tendu. Déconcerté par les sollicitations en tout genre, l’interdiction « pour la sécurité du touriste » de tout ce qui est inhabituel et un système de deux poids deux mesures établi autour du sacro saint bakchich, plusieurs expériences vécues, nous ont conforté dans l’idée que le tourisme à outrance avait changé profondément les comportements. Au pied des pyramides, un panneau indique qu’il est formellement interdit de grimper. Déçu, Bruno se ravise. Un homme l’aborde et l’autorise à grimper moyennant finance… Bruno ne veut pas le suivre, il choisit sa face. Le type gêné lui rétorque alors que c’est pas possible car c’est interdit. Au milieu des tombes de Sakkara c’est le gardien lui même qui nous coince dans un coin et nous autorise à prendre des photos contre quelques livres, à l’entrée, un panneau interdit pourtant formellement les clichés. Sur les bords du Nil à Louxor, pas moyen de se balader sans être sollicité tous les 5 mètres par un felouquiers ou un cocher nous vantant les mérites de son embarcation ou de sa calèche. Dans les rues du souk du Caire et de Louxor chaque commerçant ou presque y va de son « where do you from » et «  I give a good price for you » pour que nous rentrions dans sa boutique. Parfois même, ils nous bloquent  le passage. C’est pesant, c’est énervant c’est exaspérant  et notre enthousiasme est peu à peu affecté.

Orgueilleux après ces milliers de km parcourus sans encombres,  nous n’acceptons pas de nous faire rouler dans la farine. Petit à petit, on ne fait plus confiance en personne, on ignore les sollicitations. Réaction d’exaspération,  parfois violente, souvent stupide, nous ne comprenons pas que c’est un simple jeu. Pour un pound ou deux nous nous énervons. Charlotte qui débarque de France ne comprend pas notre obstination. Elle a bien raison. Un pound, finalement c’est jamais que 12 centimes d’euros… Oui mais un pound, c’est la moitié du prix d’un sandwich falfafel… Bienvenu au royaume des radins de la route ! 

Le temps passe et à mesure que nous nous détendons nous acceptons le jeu, nous comprenons la réalité. Le peuple égyptien est un peuple qui aime les blagues et le contact humain. « l’humour n’est t-il pas l’arme des pauvres ? » nous demande un professeur de français croisé dans le métro ? Oui, sans aucun doute. L’humour est bien la soupape de ce peuple qui vit dans des conditions difficiles, et c’est tout à son honneur. Un peu honteux de nos première attitudes hostiles, nous nous adaptons à ce jeu et révisons les règles à notre manière.  Dans le temple d’Hamon,  un policier nous aborde. Dans un premier temps, on se demande bien ce que l’on a oublié de payer. Un peu parano sur les bords, il nous demande simplement du feu. D’une main, Charlotte lui tend le briquet de l’autre, elle demande un bakchich. Le policier comprend la boutade et nous sort sa liasse de billet. Sourires partagés. Dans les rues de Louxor, on nous propose une calèche, on rétorque en proposant un taxi.  Non, je n’ai pas besoin de lunettes de soleil en plastique chinois, mais si tu veux je te fais un bon prix pour les miennes, tu a le soleil dans les yeux. Une felouque ? OK, si tu montes dans ma calèche… Et ainsi de suite. L’Egyptien sourit, voire rit franchement, parfois discute un peu, gentiment, l’atmosphère se détend et la négociation pour le kilo d’orange est tout de suite plus agréable. 

En se baladant le long du Nil, on traverse à pied des villages de maisons en torchis. Les rues de terre sont poussiéreuses traversées ça et là par des ânes chargée de marchandises. Une moto pétaradante klaxonne à tout va au passage de Charlotte. Dans une société ou les rapports hommes femmes sont extrêmement codifiés, le passage d’une Occidentale ne se fait pas sans un déluge de regards et de petits sifflements. Par là, des gamins poussent des charrettes et nous quémandent de l’argent, par ici des taxis collectifs bourrés à craquer s’arrêtent et nous proposent de monter. Where do you go ?? Ces villages ne sont pas inscrit dans les guides touristiques.  Ces villages semblent ne pas avoir bougés depuis des millénaires.  Derrière les portes colorés creusées dans des facades jaunies, on aperçoit des sourires de femmes. A notre passage, timides, elles nous saluent, certaines se cachent, d’autres rient. Deux êtres main dans la main qui se promène simplement, c’est peu commun ici.   Dans les champs, les hommes travaillent la terre. Ils nous sourient, interrompent leur travail et nous font un signe du bras. Puis c’est au tour d’un grand père copte de nous inviter chez lui pour boire le thé. Un peu refroidis par une mauvaise expérience matinale, on hésite. Est ce une invitation à double tranchant ? Finalement, on laisse sa chance à la rencontre. On laisse une chance aux rapports humains désintéressés. On veut y croire. Il nous ouvre la porte de son jardin et nous fait découvrir son arche de Noé personnelle. Haramdulilah je suis un homme comblé nous dit-il. Autour d’un thé, on sourit, on fait les présentations et si comme d’habitude le dialogue est limité par la barrière de la langue, il nous aura au moins permis de renouer avec la confiance en l’autre. Loin des villes, loin des flux de touristes, les rapports sont  plus francs, plus vrais, ça fait du bien. 

Puis c’est finalement le soir de notre départ de Louxor que l’on prend pleinement conscience de la joie de vivre de ce peuple. Attablés tous les trois autour d’un énorme kochary ; notre table en terrasse donne sur la rue. En face de nous, deux vendeurs de fruits et les légumes en djellaba gesticulent. L’un, costaud, a la barbe abondante, l’autre, chétif, nage dans sa robe trop grande : ce sont les Laurel et Hardy de l’agrume… Ca crie, ça rigole, ça se tape dans le ventre. Devant l’étalage, c’est la cohue. Les copains du quartier se rassemblent. Un groupe de Japonais passe. Ca négocie dur. Le gros fait l’ours, le petit se marre et glisse en douce quelques fruits en plus dans le sac. Sourire en coin, c’est toujours ça de pris. Le Japonais est joyeux, mais coriace : il ne se laisse pas avoir. Djellaba taille XXL fronce les sourcils, il a l’air contrarié. Ca fait partie du jeu. Faudrait quand même pas entacher sa réputation auprès des copains derrière qui fument le narguilé. Finalement, le kilo est négocié un bon prix. Chacun semble y avoir trouvé son compte et Laurel fait un clin d’oeil à Hardy. On ne saura jamais à combien ils les ont vendu ces bananes. Surement plus cher que le prix local. 

Une orange tombe de l’étalage. Le gros jette un oeil. Occupé par la manipulation de charbons ardent à main nues pour alimenter sa chicha personnelle, il donne une tape dans le dos à son frêle compagnon. La menue jellaba relève sa robe à la manière d’une bonne sœur. Elle court et s’en va plaquer la rebelle orange. Il s’en faut de peu pour éviter la catastrophe. Au moment ou Hardy atteint l’agrume, l’amicale louxorienne de la mob trafiquée fait une démonstration de roue arrière dans la rue. Agglutinés à trois sur une sorte de pick-up/triporteur, la technique de levage est encore au banc d’essai. Sur  la plateforme arrière de son engin deux montagnes de chair font contrepoids. Le pilote allume les gaz et la moto se cabre. Slalomant entre les calèches et les étalages, le pare-choc frotte, ça fait des étincelles, et ça amuse la galerie. Hilare sur notre table on n’en revient pas. Derrière, alors que le plongeur du resto bée devant les artistes, son collègue l’arrose abondamment. Difficile de tout suivre en même temps. Efficace on quadrille le secteur en trois. Chacun sa partie et on se raconte ce qu’on voit. Du grand bonheur. 

De retour au Caire après cette escapade louxorienne. On se prend à aimer cette ambiance, ce bazar, ce bruit et la chaleur humaine qui s’en dégage. Crapahutant dans les rues hausmanniennes du centre, découvrant l’incroyable citée des morts et sa boutique de souffleur de verre, on observe… De la réprimande policière au kilo de cacahuète, tout semble se négocier. L’important n’est pas tant l’achat que le contact, le dialogue. Dans la rue, dans les taxis, dans le métro, sur la route, dans le désert tout le monde parle, crie, rie ou aboie, c’est un joyeux tintamarre, c’est usant, mais c’est vivant, on aime, on prend vite le pli. Sur une tombe, chez les souffleurs de verre, une Française négocie quelques verres. 20 pounds ! Non 25 ! 20 ! 24 ! allez 20 pound hallas, mahfich mouchkillah… Pas loin, dans l’arrière boutique, un autre Français fait semblant de chiner, il se cache, presque gêné par cette âpre négociation. Oui, décidement on prend vite le pli, marchander, c’est un art, un acte social, il y a un gros bout d’Afrique dans ce pays. « Au début je détestais, maintenant, je me sens presque chez moi… » 


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Une réponse à “Le gratin cairote…”

  1. 21 01 2009
    Gaëlle (12:28:02) :

    Génial de vous relire aussi en forme, prolixes et conquis par votre équipée à trois en Egypte. On se languissait « grave » !!!
    Gros baisers frérot
    Gaëlle

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