Retour à la montagne

19 01 2009

  

Sinaï
Album : Sinaï

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Celui-là est assez gros, mais en dessous, il y en a un petit, et la forme de la pente semblerait bien indiquer que le petit est seul en dessous et que donc… alors que celui-ci est bien enfoncé ; le problème est qu’il est bien lisse et qu’il a une couleur de poussière qui pourrait signifier qu’il est couvert de sable et alors… ah, ici peut-être, un peu anguleux, mal posé, mais étant donné la taille de celui qui est à gauche et qui semble n’avoir pas bougé, il devrait plutôt ressembler à une marche qu’à un pivot : pied droit. Flûte, ça bouge, celui-ci est trop rond, il glisse, celui-là est un peu loin mais il a de bonnes aspérités et il est posé bien à plat et de toutes façons c’est le dernier avant cette partie en gravillons dangereuse : pied gauche avant que le pied droit n’ait fini de se tordre complètement sous le poids du sac. Celui-ci est entre deux graviers : il est calé ; celui-là sur un seul, mais bien lourd : ce dernier… Tourner les pieds, c’est bien sympathique, mais qu’est-ce que c’est monotone ! Alors qu’un bon sentier, pierreux, caillouteux, raboteux, et surtout, raide, cela sollicite toutes les capacités physiques, intellectuelles et mentales de l’homme ! Cela grandit ! Cela élève ! 

Et nous nous sommes élevés. Las d’attendre nos visas libyens au Caire, nous fuyons. Alexandrie, le Sinaï ? La montagne, c’est tentant, mais c’est un peu loin : 450 kilomètres au moins, dans le désert. Alors Alexandrie ? Oui, mais nous ne sommes pas très motivés. Alors ? LE BUS ! Sept heures de bus pour atteindre Ste Catherine, au cœur du désert du Sinaï, au pied du mont sacré où Moïse reçut, paraît-il, les tables de la Loi. Nous sommes sur place un peu après 20 heures. Nous mangeons, du kochari pour changer, et faisons l’emplette de quelques paquets de biscuits : la boulangerie est fermée. Maintenant, la question à mille francs : où dormir ? Là, sur le banc ? Trop de lumière. Un peu à l’écart du village, dans le désert, sur le sable plat ? Pourquoi pas. Mais en fait, nous ne sommes pas très fatigués, après une journée à  ne rien faire dans un bus égyptien. Alors, va pour le sommet. Nous aurons un beau lever de soleil. 

Et nous voici partis en rando à 20h40, sans carte, ni aucune idée du chemin. Nous passons devant un gendarme véreux qui veut nous faire croire qu’il est obligatoire de prendre un guide, puis devant le monastère le plus ancien de la chrétienté, endormi derrière ses murailles, et nous trouvons la Voie. L’escalier d’Elie. 7000 marches, mais nous ne les comptons pas parce que nous nous croyons sur le sentier normal. Nous sommes juste un peu étonnés de voir la tête de ce sentier où, paraît-il, passent des dromadaires…  Et l’escalier monte, monte, monte, escalier de géant, digne d’une entrée en Mordor. Des marches énormes, des murs, des arches au dessus d’une faille, et là, un petit jardin : une cabane et deux arbres au milieu de ce désert de pierre. Loin, entre les lèvres de la gorge, on aperçoit un ciel d’avant l’éclairage public. Et enfin, nous parvenons à la petite chapelle posée au sommet de la falaise sud-est, et aux terrasses qui l’entourent. JB monte la tente, Bruno préfère un petit coin entre deux rochers, un peu au dessus des terrasses. Nous nous couchons à 23h, au lever de la lune. 

Samedi, 5h30. Le mont Moïse se lève plus tard que Paris. Du bruit. JB ouvre la tente et se trouve nez à pieds avec une armée de touristes, menés ici à dos de Bédouin par les dromadaires : le lever du soleil sur le mont est apparemment très, très couru… Grosse déception pour deux bonnes centaines de personnes qui se sont levées à 3h du matin pour voir le soleil émerger bêtement des nuages au moins une heure après son lever. Rien de bien enthousiasmant. Lors, voici tout le monde reparti. Après une courte, mais vive négociation avec le propriétaire-loueur des matelas que nous avons trouvés apparemment abandonnés dans une anfractuosité la veille en arrivant, nous filons vers le monastère, à nouveau par l’escalier : mais où donc est ce chemin ? Emerveillement. Cette montagne est un pic de grès rose, creusé de tafonies, se détachant sur un ciel saharien. Et en bas, tout en bas de l’escalier du ciel, le monastère Sainte Catherine, un jardin dans le désert. Envahi de Russes et d’Italiens, mais tout de même ! Quel miracle ! Et au milieu de ce jardin d’oliviers, une perle de monastère orthodoxe, calme, rose et bleu, et sombre aussi, plein d’encens et de saints martyrs. 

A midi, nous voici à nouveau inactifs. Nourris, reposés… que faire ? Hophophop, il paraît que le point culminant du massif, ce n’est pas le Moïse, c’est le Sainte Catherine. D’après le Routard, c’est plus haut, plus loin, il faut cinq heures pour y aller, avec un guide, et le coucher du soleil y est magnifique. C’est parti. Top chrono, deux heures trente-cinq plus tard, nous posons le sac. C’est haut, c’est beau, c’est désert, c’est la montagne. Loin de l’escalier de Moïse, il y a un petit refuge toute propre, une chapelle, un livre d’or… il ne manque plus que la croix pour être dans les Alpes. Et un peu d’eau et de pelouse… En revanche, le froid et le vent sont bien là : un grand vent qui fend les montagnes et arrache les rochers. Alors, après la sieste, nous filons dans la cabane, dont nous ne sortons que pour voir s’enflammer pour nous tout seuls tout l’horizon du Sinaï. Splendeur du monde, et bonheur parfait. Il nous faut rentrer au Caire, alors, nous nous couchons à 19h. Lorsque nous nous levons à 2h30, pour descendre sous la lune, il n’y a eu ni tremblement de terre ni ouragan de feu, mais il y a une brise légère. Décidément, oui, « je veux marcher sur les échelles du ciel, être des voyageurs de là-haut », comme dit Samivel. Pour JB, on ne sait pas, mais pour Bruno c’est sûr : si prochaine fois il y a, le voyage sera en montagne. Et en attendant, il faut rentrer dans les Alpes. VIIIIITE ! 


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4 réponses à “Retour à la montagne”

  1. 19 01 2009
    mum (19:12:04) :

    Moi qui était toute fière d’avoir grimpé, pas trop lentement ,les je ne sais combien de marches pour accéder au refuge du piton des neiges à la Réunion…Tout petit calibre c’était …
    En tous cas ,ce que je viens de lire m’a fait rever et les photos sont magiques tant pour les monuments et paysages (époustouflants ) que pour les habitants.

    Ici c’est de pire en pire humide comme dit PB….
    On vous embrasse

  2. 19 01 2009
    Diloonuts (21:34:51) :

    En résumé : VEINARDS !! C’est magnifique et c’est magique… Quels paysages… Remplissez-vous bien les mirettes, le monde entier (enfin presque…) vous envie !
    A bientôt.
    Grosses bises.

  3. 20 01 2009
    DéGé (15:04:51) :

    Un petit bonjour, d’un poursuiveur de vos « collegionnaires » du tour de mediterrannée:les2pedalent@unblog.fr, qui eux n’ont pas patienté, et se sont envolé pour le Maroc. Je vous souhaite, de tout coeur, que vous réussissez a poursuivre votre parcours par la Lybie, afin de joindre tous les bouts de la corde qui nous relie autour de cette belle mer.
    A vous lire, passsionnément.

  4. 22 01 2009
    Babka (21:39:50) :

    Bonsoir
    Les deniers récits sont très illustra tifs et instructifs. « tafonie »ce mot est absent des dictionnaires, mais il est vrai que l’on a besoin d’en savoir plus, on l’a trouvé sur Internet. Les photos sont superbes.
    Merci

    Bonne continuation, bonne route.
    A très bientôt

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