Le grand bond en avant.

26 01 2009

La plaine marocaine
Album : La plaine marocaine

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Le Caire – Casablanca
Casablanca – Rabat

 

A chaque croisement d’une route un peu en pente, on guée le carrefour avec de l’eau au dessus des jantes. Le bombement de la chaussée ne suffit plus à évacuer ce qui tombe du ciel. L’eau ne coule plus dans les fossés débordant à la fois sur la moitié de la route et dans des champs déjà inondés par trois semaines de pluie. Tout est trempé, tout est verdoyant, ou noyé sous une eau rougeâtre qui transforme les ouadis en rivières congolaises. Au loin, le long de la côte, le vent soulève des vagues ocres : l’océan est sali par toute l’eau qui descend de la plaine marocaine. Les échassiers de toutes plumes (et non de tout poil) sont ravis. Nous, moins, mais toute cette eau a au moins pour avantage qu’on ne s’ennuie pas !
Hier, grosse étape (5000 kilomètres à peu près). On quitte nos hôtes de choc pour donner nos derniers coups de pédales au Caire. Ils sont assez banals : 20 kilomètres d’autoroute, et à la fin un superbe aéroport avec bancs, plantes vertes et comptoirs d’enregistrement. Une splendeur. Nous faisons passer nos 35 kilos de bagages, nous emballons les remorques comme une araignée emballe ses mouches, et c’est parti. Seul fausse note : à force de transférer le plus de poids possible de la grosse sacoche au bagage cabine, Bruno passe le portique avec son Opinel, les sangles étrangleuses, l’outil multifonction et même, même, une pistolet en plastique trouvé sur une route de Croatie… Certain récoltent des cailloux, d’autres du corail ou des diamants ; Bruno, lui, garde les joujoux en toc ! Du grand art, on s’imagine déjà croupissant dans une cellule égyptienne ! Heureusement, ce n’est pas Israël ici, on fait un sourire, un aller retour express pour dire coucou aux gens qui chargent la soute et ça passe !
Et nous arrivons au Maroc. Contraste ! De la brume, de la vraie, avec de l’eau, pas du smog ! Du vert, arrosé par la pluie et pas par le canal ! Des douaniers qui ressemblent à des généraux en grande tenue. Et du français partout. L’Egypte est à part parmi les pays arabes, elle est déjà un peu africaine. Ici, c’est plutôt déjà un peu l’Europe. Ca fait plaisir !
Alors, sur une nationale toute française, bordée d’eucalyptus aux troncs de platane, dans un paysage qui ne déparerait pas dans les Yvelines ou la Seine et Marne, on accepte la pluie de bon coeur. Comme dans un cliché de Doisneau, on perd dix ans d’âge et autant en crédibilité en levant les jambes pour passer les flaques d’eau. Au détour de rien, Bruno pile. Il saisi l’appareil photo et flashe par terre… Un tajine rampant ?? Un coucousvobilis ? Non, juste une plante qu’il ne connaît pas ! Rousseau est en marche sur les terres marocaines, attention.
Sur les panneaux, des inscriptions poétiques : centre fixe de mesure des charges de poids lourds, pharmacie Bensliman, lavage-vidange-révision complète, gendarmerie royale, boulangerie, marbres Ababou, tombes et monuments, ou la table fleurie, restaurant. Du français ! Du français partout ! Des rues bordées d’arcades avec des petites boutiques et des terrasses. Des tagines à 2 euros. Du bon pain, du vrai. Des gens en costume trois pièces, d’autres en djellaba star wars mais pour la plupart habillés comme à la maison ou à peu près, filles comme garçons. Des gens en survêtement qui courent sous la pluie pour aller plus vite qu’Hicham. Des bâtiments industriels de SARL comme dans les campagnes françaises. Des gens sympas. Bref, un agréable mélange de ce qu’il y a de bien au sud et au nord de la Méditerrané. Sauf qu’ici, ce n’est pas la grande Mare, nous sommes sur la côte atlantique : nous n’irons pas plus à l’ouest.
Passé Rabat, où nous découvrons la ville marocaine, ses places à arcades, ses rues bondées de joyeux drilles, ses restaurants pas chers, ses administrations à sigles, nous filons dans l’intérieur des terres. La fête à l’espagnole, ou plutôt à la marocaine, ça suffit pour une soirée. Meknès, 140 kilomètres. Petit pèlerinage pour JB dont les deux papis ont fréquenté la base aérienne et surtout, premier site UNESCO au royaume des chérifs.
Il fait meilleur, même si les averses ne manquent pas. Et sous le soleil, la campagne resplendit. Comment imaginer qu’il existe tant de sortes de vert ! La forêt de chêne-liège et son gazon de conte de fée, les champs à perte de vue dans les collines, les oliviers, les haies, les figuiers de barbarie le long de la route, et partout un petit air de printemps grâce aux fleurs oranges qui couvrent les talus. C’est grandiose et, vent de dos aidant, on se retrouve sous les remparts de Meknès en deux temps (avant déjeuner, après déjeuner) et trois mouvements (lever le pied, tourner, appuyer)…


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4 réponses à “Le grand bond en avant.”

  1. 26 01 2009
    mum (23:22:41) :

    Jean Baptiste, je sais que celà fait longtemps que vous pédalez ,mais dans les avions ,il y a des ceintures de sécurité et c’est pas sur la tête qu’il faut les accrocher ….
    A part ça ,sur une autre photo ,il y a un petit sourire en coin que je connais bien …

  2. 26 01 2009
    DéGé (23:31:01) :

    Merci pour vous savoir bien atteris, et en pleine forme, le printemps aidant. Je vous lis avec delectation, continuez a m’enchanter et faire decouvrir.Si votre periple de cycliste est raccourci, combien avez vous parcourus a la force de vos mollets?
    Bon courage.

  3. 27 01 2009
    Diloonuts (21:17:06) :

    Contente d’avoir de vos bonnes nouvelles !
    Excellentes les photos de la « ceinture-de-sécurité-de-tête d’avion » et le VTT sous cellophane : c’est vrai que ça ne rentre pas dans un frigo c’t'affaire là !
    Bon séjour au Maroc !
    Grosses bises.

  4. 30 01 2009
    Manon et Apolline (08:52:14) :

    Coucou :) Vous rentrez bientôt ?
    Les photos sont magnifiques !
    Bonne continuation :)

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