A l’ouest, plein de nouveau

27 01 2009

   

Meknès
Album : Meknès

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 « Allez, allez, chouf, ça coûte rien, et puis, hein, c’est quand on ne veut pas acheter qu’on fait l’affaire du siècle. Regarde, ça, ça s’appelle damasquinerie, c’est la spécialité à Meknès, on en fait ici, à Fès, et c’est tout, unique au monde, regarde là c’est moi au salon de l’artisanat à Strasbourg. Regarde, on fait comme ça. C’est beau, hein ? Du jus de citron, de l’huile d’olive et ça brille comme neuf. Au musée il y en a qui ont… oh, deux siècles ! Avec du jus de citron, ça brille. Ca te plaît ? Premier client de la journée, c’est symbole. Tout est symbolique vous voyez : ça, c’est berbère, chouf, avec le tatouage que les femmes elles ont au menton, et le bien et le mal croisés pour chasser le mauvais oeil. Allez allez, pour vous, prix mas-sa-crés. Je te fais le chameau au prix du bourricot. La moitié de la moitié, moins cher que gratuit et ne me dit pas que tu veux le chameau au prix du poulet… Dis tu serais pas un peu Berbère des fois ? » Que se passe-t-il quand un Français et un Berbère se rencontrent ? Il y en a un qui achète et l’autre qui vend… il nous avait prévenu M. Abdou, quand on est rentrés dans sa boutique !

     Ici, c’est l’ouest. On croyait innocemment que la fracture, en Méditerranée, c’était sud contre nord, que la vieille division est-ouest, c’était fini. Eh ben… en fait… pas vraiment ! Avec les couleurs de l’Italie, l’architecture de l’Espagne, les cafés de France, nous avons décidément quitté les pays « arabes ». Le Maroc, c’est à part. Même la cuisine ressemble à chez nous. Pourtant, dans le marché de la vieille ville de Meknes les produits sont les mêmes que dans n’importe quel souk visité depuis la Syrie. Du Caire, à Damas en passant par la Jordanie, on croise les mêmes étalages d’oranges, de tomates, de dattes et de haricots. Ici aussi les pâtisseries dialoguent avec le merlan pas toujours frais, la tête de chameau nargue le ragoût de mouton, la tunique voisine avec les lampes en ferronerie et, partout, les vieux conversent assis pendant que les jeunes s’époumonent en interpellations promotionnelles. Mais l’ambiance marocaine est différente. Plus calme, peut être aussi moins touristique, ce marché est coincé dans des ruelles aux tonalités méditerranéennes : les couleurs chaudes des bâtisses reflètent une certaine douceur de vivre, malgré la fraîcheur toute hivernale du plateau. 

     Ici, il y a des croissants et de la baguette, mais ce n’est pas que ça : le pain local a de la mie, le tajine, c’est finalement une potée cuite dans un plat à tajine (et ce n’est pas évident de manger son tajine avec du pain qui a de la mie !), les collines verdoyantes ont remplacé le désert, les villes aux ruelles enchevêtrées, les maisons ocres, rouges, jaunes, les tonnelles, les arcades, les platanes, les terrasses, où les hommes et les femmes mêlés sirotent un café pas turc ou du thé à la menthe, tout ça, ça ressemble à l’Espagne, à la Provence. Et les gens, les gens, eux, sont différents, eux-aussi. Par la tête. Par la taille. Par la langue : un arabe qui sonne différemment, et de temps en temps, une petite expression de chez nous, pour faire jeune et branché ! Et par l’accueil. Nous sommes ici des clients normaux et de toute façons, presque partout, les prix sont fixes : pas de marchandage, pas de vigilance méfiante souvent usante. Partout, la bonne tête de Mohammed VI conforte cette impression de vie facile, même si quelqu’un nous dit, par la portière de sa camionnette : « hein, il est beau le Maroc ! Mais c’est pas facile tous les jours, la vie quand même ». Pourquoi ? Nous n’en saurons pas plus.

     Nous cherchons une brosse à dent que nous trouvons à la « pharmacie du Progrès », des cartes postales qu’on achète au « tabac-presse du Roi ». Il y a moins de mosquées, elles n’ont pas de portes à pendentifs, elles ont un minaret carré, mais lorsque le muezzin chante, bien moins fort qu’ailleurs, on croise un flot qui se dirige tranquillement vers la mosquée : des vieux en djellaba, mais aussi des jeunes en jean et baskets qui ne dépareraient pas en plein Paris, et même des femmes. Sur la grand-place, il y a un vieux conteur qui rythme son récit de quelques notes de guitares, des acrobates qui parlent pendant des heures avant de faire leurs pirouettes et réclament au public cinq dirham de plus « pour la baraka », un vendeur de bâtons de réglisses, un « peseur public », un groupe de jeunes musiciens qui a sorti les enceintes, des femmes assises sur les marches, un homme qui harangue la foule, mais en arabe on ne comprend pas, et des terrasses qui se remplissent à partir de 15 heures. Pourquoi ? Peut-être parce que maintenant, le vent a faibli et que le ciel est bleu ?


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9 réponses à “A l’ouest, plein de nouveau”

  1. 27 01 2009
    mum (22:58:58) :

    Dommage! Les photos ne passent pas ce soir…J’aurais aimé voir la boutique de M. Abdou et me retrouver quelques années en arrière…Ce sera pour demain , inch’Allah!

  2. 28 01 2009
    Henri (22:16:37) :

    Bonsoir,

    Cela fait un petit bail que je ne suis pas passé.

    Je découvre donc que vous avez dû modifier l’itinéraire. Mais quels que soient ces contretemps, cela ne retire rien à votre aventure.

    Encore bravo.
    Henri.

  3. 28 01 2009
    Papa (22:47:21) :

    Toujours très belles photos. La Maroc sous la pluie, c’est plus vert que ce que j’ai vu. Pour compléter les références historiques, le Grand Papa de Bruno parle toujours de Meknès comme d’une merveille. Vous le confirmez.
    Bonne route, sans trop de pluie.

    Papa

  4. 30 01 2009
    camille (20:37:06) :

    encore un p’tit recit qui nous fait voyager et de belles photos !!!!

  5. 6 02 2009
    grand papa et grand maman (10:33:16) :

    Bon anniversaire ! Nous suivons toujours avec intérêt votre périple. Encore un mois de voyage. Bonne continuation. Bons baisers.

  6. 6 02 2009
    Eloise (18:11:00) :

    bon anniversaire Bruno !!!!!!!!!!!!!!!
    la route doit être belle et pleine de surprises plus ou moin belle !!
    nous avons vu tous les cousins même Tiphaine qui est à la maison en ce moment, il ne manque que toi que nous éspérons bientôt revoir.
    a bientôt
    Eloïse

  7. 6 02 2009
    Eloise (18:14:22) :

    Bon anniv’ Bruno !!!!!!!!!!!!!!!

  8. 6 02 2009
    Tiphaine (18:21:01) :

    Bon anniversaire cousin !!

    Pour moi l’aventure s’arrete ici, j’ai posé le pied en France hier soir, dur dur le retour au pays…
    Profite de la fin, respire encore tout ce que tu peux de ton voyage, ca fini toujours trop tot …

  9. 7 08 2009
    Anonyme (20:14:27) :

    coucou

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