L’anecdote historique

Douce France… 

La France, pays méditerranéen ? Bien sûr ! Et pourtant, rien d’évident. Rien, rien ne pouvait laisser   penser au début que le royaume fondé par Clovis en Île de France pourrait un jour s’étendre jusqu’aux Pyrénées et à Nice. La France est multiple, c’est ce qui fait sa beauté, mais elle est surtout coupée en deux (par la Loire ?) : coupure historique, culturelle, et même linguistique ! Et cela ne date pas d’hier. Petit résumé de ce qu’un historien anglais a appelé « le miracle français », en remontant…

gaule.bmp   au temps des Gaulois, on pouvait déjà  diviser la Gaule en un sud et un nord. Les peuples celtes étaient en effet fortement mélangés à ceux qui les avaient précédés : il n’y a pas eu d’invasion et de peuplement celtique massif , seulement une expansion culturelle qui s’est propagée en s’assimilant aux cultures antérieures en plusieurs vagues. Or, alors que le nord (la Gaule belgique, au nord de la Seine, et la Gaule celtique au centre), étaient très celtique, voire teinté d’éléments germaniques puisque certaines tribus vivaient de part et d’autre du Rhin, au sud du Massif central, dans l’arrière pays provençal et surtout en Aquitaine, les éléments ibériques et ligures étaient prédominants même si quelques tribus purement celtes s’étaient installées du côté de Bordeaux ou dans le nord des Alpes. La Gaule de César, c’est le Massif Central, les bassins de la Loire, de la Seine, du Rhin : pas la Méditerranée.

Ensuite, à la fin de l’empire romain puis lors des invasions barbares, les Francs, les Burgondes et autres Germains se sont installés en nombre dans le nord, jusqu’à la Loire : tous les patronymes et toponymes du nord de la France sont d’origine germaniques ou presque… en revanche, en Aquitaine, les Wisigoths, peu nombreux, ont fondé un royaume qui a cherché très vite à se concilier les autochtones en reconnaissant et en protégeant le droit et les coutumes gallo-romaines. Ainsi, alors même que l’empire franc s’étendait des Pyrénées à l’Allemagne du nord, les ducs d’Aquitaine étaient presque indépendants des rois.

partageempirecharlemagne.gif Et lorsque Charlemagne a dû diviser son empire entre ses fils, il a fait un premier partage en essayant de créer des entités politiques homogènes, faciles à gouverner, à défendre, à organiser : l’Aquitaine au sud, imprégnée de droit romain, loin de Paris ou d’Aix la Chapelle, autonome depuis longtemps ; la France au centre, des côtes de la Manche à la Provence en passant par la vallée du Rhin, centrée sur le bassin parisien, mélange de gaulois, d’influence romaine, et terre ancestrale des Francs ; et l’Italie, plus les marches barbares orientales : Autriche, Hongrie, Bohême, Croatie…

traitedeverdun01.gif  Et puis, finalement, deux fils mort, quatre petits fils au lieu de trois, bref, la catastrophe, le célèbre traité de Verdun qui partage l’empire en Francie Occidentale, qui ressemble à la France d’aujourd’hui moins la Lorraine, la Bourgogne, les Alpes et la Provence ; en Lotharingie le long du Rhin et jusqu’à Rome ; et en Francie Orientale avec la Germanie.

Des siècles de guerre, l’anarchie assez rapidement dans le corridor que forme la Lotharingie et ce royaume disparaît, largement absorbé par la partie germanique dont le souverain conserve le titre d’empereur. A l’ouest, le roi de France, héritier de Clovis, premier roi chrétien, conserve une place à part en Europe, égal de l’empereur. Mais les Capétiens sont restreints à l’Ile de France, et à la fin du XII ème siècle, ils ne sont influents encore que dans le bassin parisien et s’efforcent tant bien que mal de s’implanter en Flandres et sur la Loire : les terres de la France du nord, celtique, germanique, un peu romaine : jardins, champs de blé, petits villages de chaumières et fermes isolés, communes récentes et indépendantes opposées aux chevaliers dans leurs chateaux, grands bois, toits inclinés à tuiles plates…la douce France. Au sud, c’étaient des terrasses, des oliviers, des villages resserrés sur eux-même dominés par la tour du seigneur local, et culture urbaine, maquis, toits à tuile romaine

Au sud-est, la Savoie et la Provence sont théoriquement vassales de l’empire germanique, et très liées à l’Italie. Au sud-ouest, les Anglais contrôlent l’Aquitaine, tandis que le Languedoc est presque espagnol : le roi d’Aragon et comte de Barcelone est seigneur de nombreux comtés de Millau à Montpellier, et les seigneurs de la région, bien que sensés dépendre du roi de France, loin, là-haut à Paris, sont en fait les clients d’Aragon. Les Pyrénées ne sont pas une frontière et l’Espagne n’existe pas : il y a le plateau espagnol, musulman, et les Pyrénées, les deux côtés de la crête appartenant aux mêmes souverains et ayant les mêmes coutumes. A priori, l’Espagne arrivait jusqu’au Massif Central, et au Rhône. Quant aux grand féodaux, comme le comte de Toulouse, ils sont indépendants de fait. Philippe Auguste n’à rien à faire dans le sud : il guerroie en Flandre, en Poitou contre Richard Coeur de Lion, Jean sans Terre et Othon.

Alors, pourquoi la France est-elle devenue méditerranéenne ? C’est que l’hérésie cathare se développe. Si, il y a un rapport. Le pape appelle à la croisade et les premiers à répondre sont des vassaux du roi de France. Celui-ci est réticent à les laisser partir loin en laissant leurs terres menacées par les Anglais, mais il n’a pas le choix. Après deux décennies de guerre incessante, les chevaliers du nord sont vainqueurs. De nombreux seigneurs rebelles ou hérétiques sont remplacés par des gens du nord, et surtout le roi d’Aragon est privé de ses terres et de son influence au nord des Pyrénées et se tourne vers le sud où les musulmans commencent à s’affaiblir. En revanche, au bout de quinze ans de guerre, la situation est tellement compliquée que le roi de France Louis VIII le Lion descend lui-même dans le sud aider ses vassaux croisés à conserver leurs nouveaux fiefs et s’arroge personnellement un certain nombre de places fortes (dont Carcassonne) et les fortifie. De plus, le comté de Toulouse, la plus riche seigneurerie, revient par décision papale et royale, à un frère de Louis IX. La Provence, qui appartenait à un cousin du roi d’Aragon, passe à un frère du roi de France. Ce n’est qu’un début mais cela est irréversible : en 1250, le Languedoc est coupé de l’Espagne et la France a fait un saut par dessus la Loire et le Massif central, jusqu’à la Méditerranée (en violet).

carte1226.gif  La frontière franco-espagnole sera sur la crête. Encore cinquante ans et la Provence et le Dauphiné passent à la France, puis la guerre de Cent ans chassera les Anglo-normand-poitevins d’Aquitaine. Le vieux duché d’Aquitaine du temps de Charlemagne, ibéro-ligure et romain, méridional et non français, fait désormais partie de la France. On y mange du canard et non du poulet, de l’huile d’olive et non du beurre, les tuiles sont rondes et non plates, la langue d’oc est très romane, proche de l’espagnol, et non mâtinée de celte et de germanique comme la langue d’oïl, le droit est écrit comme en Italie et non coutumier comme en Germanie ou en Angleterre, mais c’est la France. Notre pays est à cheval entre le nord et le sud, c’est un trait d’union, un passage entre la mer du Nord et la Méditerranée…

t039771a.jpg  Les docteurs de la foi 

Comme nous n’allons finalement pas passer à Kairouan mais que nous avons revisité Al Azar hier, j’en profite pour clarifier un peu quelques détails à propos de l’organisation de l’islam. En Europe, où l’on distingue clairement les catholiques des orthodoxes, et les anglicans, les calvinistes ou les luthériens, on a l’impression que l’islam forme un énorme bloc homogène d’un milliard de croyants. Ce qui n’est pas tout à fait vrai… Alors, comme à Jérusalem nous avons récapitulé les différentes sortes de chrétiens, au Caire, on peut récapituler les différentes sortes de musulmans, au moins aussi nombreuses.

Première division, la plus importante, que l’on connaît en général : celle entre chiites et sunnites. Les premiers, habitant principalement en Iran, en Irak et dispersés un peu partout dans le nord du Moyen-Orient (Syrie, Liban, Turquie principalement), regroupent entre 10 et 15 % des musulmans. Tous les autres sont sunnites.

Pour comprendre cette division, il faut faire un peu d’histoire, et non de la théologie. La division fut en effet d’abord politique. A la mort du prophète s’est en effet posée la question de sa succession. Qui devait diriger la communauté des croyants ? On ne disposait pas encore alors des textes finis qui forment la base du droit musulman et l’imam, successeur de Mahomet, devait être capable de parler en son nom à tout sujet. On a donc choisit un de ses proches, Abou Bakr, puis Omar, puis Othman, puis Ali, gendre et cousin du prophète, premier homme musulman. Mais certains pensaient qu’Ali aurait dû être élu en premier et ne reconnurent pas les trois premiers imams (califes). Ce sont les « partisans d’Ali », qui pensent que seul un descendant du prophète peut comprendre et expliquer la religion ; mieux en tout cas qu’une personne élue par les notables. Alors que la majorité des musulmans étaient gouvernés par les califes omeyyades, puis abbassides, les chiites reconnaissaient comme commandeur des croyants l’aîné des descendants de Mahomet par Ali. La religion a été influencé par l’histoire de ces imams (12 ou 7 selon le type de chiite) persécutés ou respectés. Finalement, lorsque l’empire musulman s’est morcelé, il y a eu des dynasties chiites, d’autres sunnites, et les deux courant ont profondément divergé. Le dernier imam n’est pas mort, mais occulté : comme le Messie, il réapparaîtra à la fin des temps. En attendant, un clergé relativement structuré encadre les croyants, même si le haut de la pyramide est tronqué.

Voilà pour les 10% de chiites.

Mais les sunnites eux-mêmes ne sont pas tous pareils. L’islam est une religion englobante, dans laquelle tout est soumis aux autorités religieuses. Mais il n’existe pas d’autorité cléricale centralisée. Il a donc fallu très vite, pour répondre aux questions de la vie quotidienne, apporter réponse à tout avec des sources limitées. Les écoles théologico-juridiques reconnaissent comme source valable du droit le Coran, bien sûr, mais aussi des récits de la vie de Mahomet, qui permettent de connaître l’opinion  du prophète sur des sujets que le Coran n’aborde pas. Les hadiths (les versets de la Sunna) ne sont donc pas des prescriptions divines, mais simplement des règles respectées par le plus saint des hommes.

Le Coran, la Sunna, voici les règles écrites. Puis, pour traiter des questions diverses, importe le rôle du juge, du théologien. Les différentes écoles juridiques se différencient sur la liberté d’interprétation laissée au juge. Pour dire le droit, celui-ci peut procéder par analogie : si le vin est interdit, c’est parce qu’il provoque l’ébriété, donc, la bière, le haschich ou le saké sont interdits aussi. Il peut utiliser également son propre jugement pour appliquer ce qu’il pense être le plus conforme à l’esprit du Coran, sans s’appuyer directement sur les textes. Ce type de jugement n’est pas pratiqué par toutes les écoles.

Il y a quatre principaux courants dans le sunnisme, portant le nom des docteurs de la loi qui les ont créées. Nés entre le VIIème et le VIIIème siècle, ils cohabitent un peu partout, ont chacun leur centre historique dans une grande mosquée : Damas, Bagdad, Al Azar au Caire, ou Kairouan en Tunisie. Les adhérents de ces écoles sont toutefois plutôt majoritaires dans certaines régions du monde, minoritaires, voire absent dans d’autres…Les quatre écoles, dont les différences sont nombreuses, mais secondaires sur le plan religieux, se reconnaissent mutuellement comme orthodoxes. Dans une grande mosquée du Caire, il y a quatre portes, devant laquelle se tenait un imam de chaque école, à disposition des gens pour répondre à leurs questions diverses.

Le hanafisme est le sunnisme majoritaire, qui regroupe 35% environ des croyants. Comme il a été adopté par les califes ottomans, il a touché de façon privilégié les populations turcomanes et s’est propagé en même temps que les empires de ces ex-nomades. Répandu en Turquie, en Asie centrale, et jusque  dans le sous-continent indien grâce à l’empire moghol, il passe pour particulièrement libéral. En effet, il accorde une grande liberté individuelle au juge pour interpréter les textes en fonction de l’esprit alors que d’autres écoles préfèrent s’appuyer plus étroitement sur le texte, quitte à utiliser certains passages sous forme métaphorique ou à procéder simplement par analogie.

Le hanafisme en revanche préfère respecter la loi à la lettre. Le juge n’utilise pas son propre jugement pour énoncer la loi divine : il doit s’appuyer sur les écrits, et même utiliser les analogies avec précaution, en dernier recours. C’est l’islam conservateur des pays arabes, qui regroupe environ 15% des croyants. La branche salafiste et son dérivé le wahabisme sont connus je pense…

Puis, le chaféisme, fondé par un disciple de Hanan, s’est développé, avec une approche similaire, n’accordant aucune place au jugement personnel des imams, mais laisse plus de liberté au savant  pour raisonner en terme d’analogie et de confrontation des textes lorsqu’il n’existe pas de jurisprudence établie. Les enseignements de cette école sont particulièrement suivis dans les pays musulmans d’Asie du sud-est, qui regroupent un bon quart des musulmans sunnites.

Enfin, au Maghreb et en Afrique noire, l’influence de l’école malékite de Kairouan tient une place à part. En plus du Coran et de la Sunna, elle s’appuie sur les coutumes, largement pré islamiques, de la ville de médine au temps de Mahomet, considérant que les habitants de cette ville, premiers convertis à l’islam, étaient forcément des hommes saints dont les coutumes avaient été approuvé par le prophète. Plus de 20 % des sunnites, et l’immense majorité des musulmans de France, suivent cette école considérée comme particulièrement libérale, capable d’évolutions rapides en fonction de l’environnement politique et social, puisque la plus grande diversité de ses sources parfois divergentes permet la confrontation et laisse une grande place à la capacité de jugement et à la raison des juges.

Voilà voilà. Merci Ronald de m’avoir fait faire un exposé sur les religions dans le monde il y a deux ans…

 

Mort à l’ouest 

Soleil de feu sur le Sinaï : nous ne savons que dire. En bas, dans la vallée encaissée sous des falaises qui réverbèrent la morsure du soleil du désert, une église ombreuse sur le mur ouest duquel on peut admirer une fresque représentant le jugement dernier. « Vous, Occidentaux, ne retrouverez la paix que lorsque, par delà toutes les sciences et toutes les raisons, vous retrouverez, devant la mort du soleil, l’angoisse indicible qui point le cœur : « et s’il devait ne jamais renaître ? » » Senghor ou un de ses collègues de la négritude avait certainement raison.

Tout cela pour remarquer que, comme dans toutes les églises de France et de Navarre, en Egypte, on parle de la mort sur le mur ouest de l’église. Coïncidence ou marque de l’importance de l’église d’Alexandrie dans les premiers siècles du christianisme ? Pour les pharaons aussi, la mort était à l’ouest.

Le Nil, c’est la vie, tout le monde sait cela. Et le dieu primordial, c’est le soleil. Or, le soleil naît à l’est et croît à l’est. Donc, l’est, c’est la vie, c’est la croissance de l’homme et des plantes. Et lorsque l’homme a bien navigué sur le fleuve de la vie, il atteint l’autre rive du Nil, il passe à l’ouest. Ainsi, le soleil, chaque soir, est avalé par Nout, passe sous la terre et doit y combattre le monstre Sobek afin de rejaillir au matin. Toutes les pyramides, toutes les tombes sont à l’ouest du Nil ; toutes les villes, tous les palais sont à l’est. A Sainte Catherine au VIème siècle ou sur le portail des cathédrales à 5000 km et sept siècles de distance, c’est le jugement dernier qui orne le mur ouest des chrétiens. 

 Conseils contre le torticolis

Devant la plupart des grands monuments, il y a une place, même si les monuments ne sont pas au milieu de la place. D’ailleurs, même les pyramides sont dans le désert. Cela est dû a une excellente raison.

Figurez-vous que l’homme n’est pas parfait. Il ne peut pas, comme les aigles, lire son journal en volant 500m au dessus. Sa vue est limitée. Or, l’œil humain perçoit au mieux lorsque l’objet qu’il considère ne remplit, verticalement, que 18° de son champ de vision. Cela signifie qu’il lui faut regarder l’objet en question d’une distance égale à trois fois la hauteur du dit objet. S’il se rapproche, disons à deux fois la hauteur du monument, il perçoit celui-ci sous un angle d’environ 27°. Il voit certes le monument, mais ne voit plus ce qui en forme le cadre. Et s’il se rapproche encore jusqu’à ne plus être éloigné du monument que de la hauteur de ce dernier, il ne peut percevoir que des détails, mais plus l’ensemble.

A Paris par exemple, on voit tous les touristes se dévisser la tête pour prendre des photos de la tour Eiffel depuis le Champ de Mars, ou de Notre-Dame en se tenant au pied du portail. Alors que la meilleure vision de la façade s’obtient du trottoir le long de la préfecture de police si on veut être de face, et sinon, du quai St Michel, par dessus les arbres. Et il faut être a 900m de la tour Eiffel pour en avoir une vision non écrasée par la perspective.

Sachant que la pyramide de Khéops mesure 146 m, celle de Kephren 143, et celle de Mykérinos 66, à quelle distance devons nous admirer la dernière des merveilles du monde antique ?

La fée de Chypre

Nous ne sommes pas passés par Chypre, mais de l’article était prêt alors… un petit truc sur le dernier état latin d’Orient. Les Etats latins des croisades étaient principalement français. D’ailleurs, les Arabes appellent les croisés « les Francs ». Et justement, Chypre est la terre d’Orient qui est le plus longtemps restée franque, sous le règne des rois de Chypre issus de la famille des Lusignan. Lorsque Saladin reprend Jerusalem, le mari de la reine de Jérusalem abandonne ce royaume à son beau-frère et achète Chypre au roi d’Angleterre et le titre de roi à l’empereur d’Occident. Les Lusignan deviennent rois de Chypre pour deux siècles.

Cette famille a une étrange origine. Le premier Lusignan, perdu dans la forêt, aurait rencontré une belle jeune fille. Éperdument amoureux, il l’épouse quelques jours plus tard, après lui avoir promis qu’il ne chercherai pas à la voir le samedi (jour du shabbat, comme pas hasard). Pendant des années, il tient sa promesse, il a des fils, il s’enrichit… son mariage semble avoir porté chance au sire de Lusignan.

A tel point que son frère en est jaloux. Il susurre à l’oreille de son frère que s’il ne peut pas voir sa femme le samedi, c’est qu’elle est avec un autre… Lusignan court chez sa femme et la voit dans une baignoire, se peignant les cheveux. A la place des jambes, elle a un corps de serpent. Dès qu’elle voit son mari, Mélusine s’élance par la fenêtre en criant. Elle s’envole et on ne la voit plus que la nuit, embrassant ses enfants abandonnés, ou, plus tard, lorsqu’un danger menace la famille des Lusignan…

1137600423e0f28b.jpg   Napoléon en Orient
Tel Aviv, ville nouvelle à quelques centaines de mètres de l’ancienne Jaffa. Jaffa, point le plus lointain atteint par Bonaparte lors de son expédition d’Egypte. Ayant vu sa flotte détruite par ces satanés Anglais, le général décide en effet de rentrer en Europe par ses propres moyens, via l’empire ottoman, Istanbul, les Balkans et l’Italie. Une bonne petite promenade tout de même, histoire d’apporter les Lumières et la révolution aux peuples lointains. Devant Jaffa, un petit mercenaire kurde émancipé de l’empire ottoman résiste, soutenu et ravitaillé par la flotte anglaise. Dans les rangs des soldats révolutionnaires français, le découragement gagne. Bonaparte ne les avait pas habitué aux longues batailles de siège. Ces hommes venus de France souffrent de la chaleur, tombent malade, et bientôt, en plus de la dysenterie et des maladies « banales », la peste se déclare. La légende des grognards raconte alors que le général Bonaparte, ému par le malheur de ses soldats, aurait visité l’hôpital des pestiférés et les aurait consolés et touchés, sans tomber lui-même malade. Un miracle qui annonce le destin unique de ce surhomme béni du ciel !  

Les clés du tombeau 

Les églises sont innombrables à Jérusalem. Et depuis quelques semaines, en Syrie, au Liban, en Palestine, nous avons croisé parfois des bâtiments surmontés d’une croix où des hommes vêtus d’une robe sombre qui n’avaient pas l’air très catholiques…C’est que toutes les confessions chrétiennes sont réunies sur la terre sainte. Et elles sont nombreuses ! On connaît en général trois grandes confessions : les Orthodoxes, les Catholiques et les Protestants, cette dernière étant divisée en une myriade de petites églises parfois étranges. Mais la première nation à adopter le christianisme comme religion officielle n’était pas l’empire romain : c’était l’Arménie, qui jusqu’au jour d’hui conserve une église propre. La seconde église nationale fut l’Ethiopie. En Egypte, les chrétiens dit « coptes » sont indépendants également. Mais malgré leur ancienneté, ces deux églises sont peu représentée en Palestine, hormis au Saint Sépulcre où elles ont leur place. Deux principales Eglises se partagent le monde chrétien. Elles sont les héritières des deux parties de l’empire romain christianisé. A la chute de l’empire, l’évêque de Rome a commencé à affirmer son autorité sur l’ensemble de l’Eglise catholique (universelle). Mais dans l’Orient de l’empire, sous le gouvernement de Byzance, où l’on parlait grec, le patriarche de Constantinople faisait autorité. Le pape et le patriarche étaient rivaux. Les langues différant, les rites n’ont pas tardé à se différencier également au court du Moyen-Age. Finalement, lorsqu’en 1054 les évêques occidentaux décidèrent de modifier un mot du Credo, les Orientaux crièrent à l’hérésie. Le patriarche de Constantinople excommunia le pape, le pape excommunia le patriarche et les Orthodoxes (ceux qui respectent le dogme du concile de Calcédoine) se séparèrent de Rome. Au jour d’hui, les sept églises orthodoxes, qui se reconnaissent en elles, avec chacune leur patriarche et leur langue, couvrent la Russie, la Grèce, les Balkans et une partie du Proche et Moyen-Orient.C’est ici que cela se complique. Du fait de l’invasion arabe, les chrétiens d’Irak ou de Syrie se trouvèrent coupée du patriarchat de Constantinople. Une partie d’entre eux, les disciples de saint Maroun, décidèrent de nommer leur propre patriarche et se trouvèrent de ce fait exclus de l’église orthodoxe. Bien plus tard, à la Renaissance, ils se tournèrent vers Rome en dépit de leur origine orientale et acceptèrent l’autorité du pape : les catholique libanais sont des maronites, dont le culte ne diffère plus que peu du culte romain. En revanche, les autre chrétiens d’Orient ont eu une histoire un peu compliquée. Coupés de Constantinople, certains d’entre eux continuèrent de respecter l’autorité ancienne « à distance », et cela pendant des siècles. Mais à partir du XVIIème siècle, l’empire ottoman s’affaiblissant, les Occidentaux ont pu retrouver un peu d’influence en Orient. François Ier avait déjà conclu un accord avec Soliman le Magnifique qui, entre autres clauses, reconnaissait au roi de France la charge de protéger les chrétiens de l’empire ottoman. Au XVII et XVIIIème, une partie des chrétiens de rite grec ou syriaque décidèrent de se rapprocher de l’Occident et de reconnaitre l’autorité du pape, sans pour autant renoncer à leur indépendance de fait. Il y a donc au jour d’hui en Orient des grecs orthodoxes et des grecs catholiques qui sont en réalité des Arabes célébrant la messe en grec, des syriaques catholiques (appelés melkites) et des syriaques orthodoxes. Bien entendu, le pire ennemi d’un grec catho est un grec ortho…Donc, pour résumer, il y a au Saint Sépulcre une communauté orthodoxe (des moines grecs), une catholique (des moines franciscains), une copte, une arménienne et une éthiopienne. Dans un bâtiment qui certes est immense, mais tout de même. La colocation est un peu tendue, depuis toujours, et de temps en temps, un moine saisit un cierge pour taper un pope ou un Ethiopien déchire la bure d’un copte…Cela ne date pas d’au jour d’hui puisque quelques années après avoir pris Jérusalem au latin, Saladin, lassé d’entendre parler des rixes du Saint Sépulcre, décida de régler le problème de qui a la clé de la porte en confiant la garde de la porte à une famille musulmane et la garde des clés du verrou à une autre. Curieusement, depuis huit siècle, ce sont les représentants de deux familles musulmanes qui, tous les matins et tous les soirs, viennent ouvrir la porte de l’église la plus sacrée de la Chrétienté…et apparemment ça marche plutôt pas mal ! 

Jerusalem, ville trois fois sainte…
Mais pourquoi ? Petit rappel.Les Juifs s’installent en canaan à partir de 2000 avant J.c. environ. De la fin de la Genèse aux livres des Rois, la Bible est un témoignage unique du passage d’une société pastorale nomade à une société sédentaire agricole et urbaine : passage d’une propriété sur les êtres à une propriété sur le sol, installation, luttes entre nomades et sédentaires pour le contrôle des terres et des points d’eau comme on en voit encore au jour d’hui au Sahel, création de villes fortes comme lieux d’échange, de concentration de l’artisanat et du pouvoir politico-religieux…les Juifs suivent une évolution classique. Lors du passage de l’autorité politique traditionnelle des chefs de famille et de tribus réunis parfois en conseil à l’organisation plus formelle et plus stable de la royauté, le roi David choisit comme capitale une petite forteresse de la tribu de Juda : Jérusalem, qu’on appelle pour cela la cité de David. Dernière étape et symbole de la sédentarisation : la construction d’un temple sur le modèle des temples phéniciens de l’époque. Jérusalem devient le coeur du judaïsme et la capitale de l’Etat hébreu, mille ans avant J.c. Le temple de Salomon est détruit par les Babyloniens qui dispersent les Juifs rebelles, puis reconstruit petit à petit après le retour des familles importantes à Jérusalem lorsque les Perses détruisent Babylone. Les Juifs, dès le IIIème siècle avant J.c., assimilent Jérusalem a pays tout entier dans les textes bibliques. Lorsque au premier siècle après J.c. La Judée se révolte, les Romains, pour la mater définitivement, décident de détruire Jérusalem et son temple : les Hébreux sont alors dispersés dans tout l’empire et ne reviendront en Palestine que deux mille ans plus tard. Durant tout ce temps, Jérusalem est resté le centre naturel du judaïsme, symbole de l’unité et des malheurs du peuple juif. Des temples de Jérusalem ne subsiste plus qu’une partie des fondations du second temple, le mur des Lamentations. Au dessus, à la place du temple, sur l’esplanade, les musulmans se sont installés.Au début et à l’origine de notre ère, Jésus nait à Bethléem, à quelques lieux de la ville, dans une famille descendant de David. Il meurt à Jérusalem trente ans plus tard. La Galilée, cadre de sa vie prédicatrice, et Jérusalem, lieu de sa mort et de sa résurrection, deviennent dès les premiers siècles du christianisme des lieux de pèlerinage importants. Dans la lignée des Juifs, les chrétiens considèrent Jérusalem comme une image de la cité de Dieu sur la terre, une terre bénie par le passage du Fils de l’Homme. Au Moyen-Age, c’est pour faciliter la venue des pèlerins à Jérusalem que sont lancées les croisades. Puis, les chrétiens se contentent de la tolérance et de la protection des sultans ottomans et abandonne toute prétention sur les lieux saints. Les conflits persistent néanmoins, mais surtout entre les différentes confessions chrétiennes devant cohabiter dans des lieux exigus ! Le centre de la Jérusalem chrétienne est le Saint Sépulcre, une église construite à l’emplacement supposé du tombeau de Jésus. Enfin, au VIIème siècle après J.c., Mahomet, influencé par ses rencontres avec les juifs et les chrétiens de la région, fonde une troisième religion monothéiste reconnaissant à la fois les acquis de la Torah et du Nouveau Testament. L’islam, pour marquer sa filiation avec les grande religions déjà existantes, s’approprie également Jérusalem : une nuit, le prophète rencontre l’ange Gabriel qui l’emmène visiter le ciel et l’enfer. De retour sur terre, le prophète se retrouve à Jérusalem, sur un rocher au milieu des ruines du temple juif. Les musulmans, héritiers des deux précédentes religions, y construiront donc un monument, le dôme du Rocher, à l’emplacement du temple et sur le modèle du Saint Sépulcre. Troisième lieu saint après La Mecque et Médine, il est néanmoins important car il symbolise la supériorité de l’islam sur les religions qui ont préparé sa venue.

Romains et Arabes

     A la fin de l’Empire, les chretiens construisaient des eglises en forme de basilique : une grande salle, separee en trois parties par deux rangees de colonnes surmontees de fenetres, avec une abside sur le petit cote est. Le bassin mediterraneen en etait couvert.

      en 632, un certain Mahomet fuit la Mecque pour Medine. Il fonde dans cette ville une nouvelle religion. A peine 50 ans plus tard, les guerriers musulmans ont conquis toute l’Arabie et attaquent l’empire romain d’Orient. Ce sont des nomades, qui ne savent construire que des tentes et de petites maisons. Aussi, lorsque se forme un empire arabe sous l’autorite des califes omeyades, se pose la question de savoir comment batir des monuments capables de reunir d’immenses foules de croyants et de refleter la puissance et la richesse des califes. Il n’y a pas a hesiter, seuls les chretiens savent construire. On construira donc des basiliques musulmanes. Le calife, profitant d’une treve avec Constantinople, demande au basileus de lui envoyer quelques architectes et artisans. Ces Grecs construisent a leur maniere la grande mosquee de la capitale. Seulement, pour s’adapter aux besoins nouveau, il y a quelques changements minimes. Quand ils prient, les chretiens sont l’un derriere l’autre pour tous voir l’autel et le pretre ; les musulmans sont cote a cote. Il suffira de construire l’abside sur le grand cote plutot que sur le petit, et de transformer l’atrium romain et sa fontaine-baptistere en une cour d’entree avec fontaine d’ablutions…le resultat est la : un superbe monument a Damas, premiere capitale musulmane, qui resemble comme deux gouttes d’eau a une basilique chretienne comme Thessalonique que nous avons vu en Grece ! Les colonnes de remploi trouvee pour Damas sur place,

dsc0326.jpg dsc0130.jpg les doubles chapiteaux de l’imposte byzantine,

dsc0329.jpgdsc01271.jpg la charpente apparente…

Le roi de Sidon

Alexandre le Grand a conquis la Phénicie un an après son débarquement sur les côtes de l’empire perse. S’il a eu beaucoup de mal à prendre Tyr, réfugiée sur son île, il n’a eu aucun problème avec les autres cités de la côte. A Sidon par exemple, il s’est contenté de chasser le roi. Son seul souci a été d’en choisir un nouveau. Il a proposé la place successivement à deux neveux de l’ancien roi, qui tout deux ont refusé, mais ont bien voulu assurer l’intérim et chercher un nouveau monarque parmi les membres de la familles royale.

Dès qu’Alexandre est parti, tous les oncles, frères, neveux et cousins au vingtième degré de l’ancien roi posent leur candidature, mais ils sont un peu trop futiles et un peu trop ambitieux pour gouverner une cité. Les mois passent, les deux intérimaires commencent à s’inquiéter. Finalement, ils apprennent qu’un cousin de l’ancien roi ne s’est pas présenté. Il est pauvre, habite dans la banlieue et préfère cultiver son jardin et vendre ses légumes. Les deux gouverneurs vont le voir et lui disent :

- les soins que tu donnes à ton jardin, ne voudrais-tu pas les donner à la cité tout entière ? Nous en avons besoin.

Le vieil homme accepte. Tout s’arrange et la ville de Sidon retrouve la prospérité. Mais lorsque Alexandre repasse dans la région, quelques mois plus tard, tous ceux qui auraient bien aimé être roi vont se plaindre. Ils disent : « tout ce qu’il avait à commander était un âne, et encore n’était-il pas toujours obéi ! Comment pourrait-il gouverner correctement une ville entière ? »

Alexandre examine les décisions du roi et ne trouve rien à redire. Il va le voir et lui demande :

- toi qui est un si bon roi, comment pouvais tu supporter la pauvreté ?

- comme je voudrai supporter la royauté, avec travail et patience. J’ai tout, même le pouvoir. Mais regarde mes mains : avant, je n’avais qu’elles, et je n’ai jamais manqué de rien. Maintenant, je n’ai pas besoin de m’enrichir, seulement d’être juste.

dsc0043.jpg    La vallée des cèdres

Si les cèdres du Liban sont si connus, c’est bien sur parce que ce sont des arbres magnifiques et que certains peuvent vivre plusieurs millénaires. Mais c’est aussi et surtout parce que le bois est rare à l’est de la Méditerranée. Une montagne couverte de si grands arbres, dans l’antiquité, était quelque chose de merveilleux et le bois odoriférant et imputrescible du Liban a été exporté par les Phéniciens (les ancêtres des Libanais) chez toutes les civilisations voisines. Les Babyloniens comme les Egyptiens ont acheté a prix d’or du bois de charpente pour bâtir et couvrir leurs temples et leurs palais, pour meubler leurs appartements et décorer leurs maisons. A force d’en exporter dans tout l’Orient du bassin méditerranéen, ils ont fini par faire disparaître la forêt : un cèdre bon pour la coupe met près de mille ans à pousser ; la forêt ne se renouvelle donc pas très vite. Aujourd’hui, le cèdre est l’emblème national libanais, mais il n’en reste plus qu’une centaine encore debout dans la montagne, dans la fameuse forêt des cèdres, et on en replante quelques uns par endroit… qui seront grands dans quelques siècles.

Ceux qui restent sont ceux qui n’ont pas été envoyé à Jerusalem. Les rois de Tyr et de Sidon (dans le sud du Liban, Tyr et Saïda), ont en effet aidé Salomon à construire le fameux temple de Jérusalem. Un bâtiment de vingt mètres de large, cinquante de long et dix de haut, en pierre, mais recouvert à l’intérieur et à l’extérieur de planches de cèdre sculptées couvertes d’or… sept années de travail pour les ouvriers juifs et les Tyriens envoyés par leur roi à Salomon pour encadrer et superviser la construction et la décoration du temple. Comme quoi, il est toujours possible de s’entendre puisque ce sont des étrangers qui ont construit Jérusalem…  

2ndtemplejerusalemf.jpg    D’ailleurs, leur travail est devenu presque mythique, tout au moins dans le petit milieu des architectes. En effet, tous les architectes, européens ou orientaux, ont eu pour modèle l’architecte de Salomon, et les instruments utilisés pour le temple de Jérusalem mille ans avant Jésus-christ ont été les mêmes que ceux employés pour les cathédrales occidentales, les basiliques orientales ou les mosquées diverses jusqu’en 1500 après J.C. Les mesures également d’ailleurs, qui ont traversé les âges et les civilisations. Aujourd’hui, la plupart des gens civilisés comptent selon le système métrique, inventé grâce à la glorieuse révolution française. Même les Anglais s’y sont mis en partie.

Cela n’a pas toujours été le cas. Il existait auparavant bien d’autres échelles de mesures. Par exemple :

-          la ligne, équivalent (parait-il) à la taille d’un grain d’orge moyen : 2,25mm

-          le pouce, 12 lignes,  2,70cm,

-          le pied, 12 pouces ; 32,4cm,

-          la toise, 6 pieds ; 194 cm.

Vous pouvez toujours essayer de vous mesurer en toises, pouces, pieds et lignes, ça peut être amusant. Et ainsi vous pourrez réellement toiser les gens que vous n’aimez pas.

Par ailleurs, il est remarquable que les architectes du Moyen Age aient employé les mêmes mesures que ceux de l’antiquité, non seulement romaine mais aussi juive ou égyptienne. Leur outil de travail principal était la canne, un long bâton gradué donnant les mesures suivantes :

-          la paume, largeur moyenne de la paume d’une main, y incluant le pouce, 34 lignes ;

-          la palme, longueur mesurée entre l’auriculaire et l’index lorsqu’on a les doigts écartés, 55 lignes ;

-          l’empan, distance du bout du pouce au bout de l’auriculaire, main grande ouverte, 89 lignes,

-          le pied, 144 lignes,

-          la coudée, mesurée du bout du doigt au coude, 233 lignes.

La canne mesurait donc une paume+une palme+un empan+un pied+une coudée, soit 555 lignes, soit 2 coudées un empan, soit 1,25 mètre.

Pour les mesures plus grandes, les architectes avaient une longue corde à nœuds, 13 en tout, distants d’une coudée l’un de l’autre, pouvant servir d’équerre. Cherchez comment…        

Le berceau d’Europe

Europe, fille d’Agenor, roi de Tyr, et soeur de Cadmos, roi de Thebes, est nee quelques dizaines de kilometres au sud de Beyrouth, en plein coeur de la Phenicie. Fort admiratif de sa beaute, Zeus, pour l’approcher sans l’effrayer, attend qu’elle joue sur la plage avec ses amies pour se changer en un gentil taurean blanc et aller se meler au groupe. L’animal est si calme qu’Europe s’asseoit sur son dos. A ce moment, Zeus court vers la mer et plonge. La princesse ne sait pas nager, elle n’a d’autre choix que de s’accrocher au cou de l’animal, qui la conduit en nageant jusqu’aux rives du Bosphore, en Europe…

carteexpansion1.png   Tout ca, c’est fait n’ici ! 

      Nous avons rencontré hier un Libanais qui, à notre grande surprise, a prononcé la phrase « les Phéniciens, nos ancêtres… ». Pourtant, oui, en effet il y a un lien évident entre les Phéniciens de l’antiquité et les Libanais d’aujourd’hui. Le Liban des années 50, 60 et 70 a construit sa richesse sur le tourisme, l’armement de navire et le commerce international : toutes les richesses venant, allant ou transitant par le Proche-Orient passaient par le Liban ou des Libanais. Et c’ était déjà le cas il y a trois mille ans, lorsque les les cité de Tyr, Sidon ou Byblos étaient les maîtresses du commerce méditerranéen, bien avant les Grecs. Les Phéniciens commerçaient avec l’Égypte des pharaons, les rois assyriens et babyloniens dominant la Mésopotamie, les divers empires s’étant succédés en anatolie, les crétois, les Grecs, et envoyaient leurs bateaux jusqu’à l’ouest de la Méditerranée, pour chercher le blé, les fourrures, l’étain, les esclaves, le fer venant d’Italie, de Gaule ou d’Hispanie à l’époque ou ces régions étaient encore vides ou presque. Les Phéniciens ont été les premiers marins de la mer intérieur et donc les premiers à unifier, par leur commerce et leur influence culturelle, les modes de vie, les arts, la cuisine, bref, les cultures tout autour de la mer. En Tunisie, ils ont fondé Carthage, qui quelques siècles plus tard, alors que la Phénicie aura perdu sa splendeur et sa richesse, concurrencera Rome pour le contrôle de la Méditerranée occidentale. Le Liban, terre d’origine de l’unité méditerranéenne ? Les Libanais ont bien changé depuis ce temps, mais toujours, ils sont restés des commerçants… on ne se refait pas !

 De l’art de se taper dessus

ou l’échange culturel dans le domaine de la fortification

Nous sommes passés hier au Krak des Chevaliers, une des plus formidables forteresse médiévales jamais construite, et fort heureusement fort bien conservée et rénovée, fière et blanche sur son piton rocheux, cinq cent mètres au dessus de la plaine. Il surveille la route entre la mer et la plaine agricole et les riches cites syriennes d’Homs et Damas.

Ce Krak (ce « chateau » en syriaque, la langue des locaux avant leur arabisation) a été construit par les croisés, puis entretenu et rénové par l’ordre de moines-soldats des Hospitaliers de Saint-Jean. A l’époque, il était à la pointe de la technologie militaire et a résisté à dix sièges ou tentatives de siège avant d’être pris grâce à la ruse d’un sultan et au découragement des derniers croisés.

Pourtant, ils étaient bien installés et bien protegés et même s’ils n’étaient que 300 au lieu des 2000 que peut loger le chateau, ils auraient bien pu tenir six mois ou un an de plus. Et quand les Arabes sont entrés dans la place, ils ont du halluciner complètement. Et ils ont retenu la lecon. Leurs forteresses ulterieures sont en effet fortement inspirées de l’architecture du Krak, tout comme d’ailleurs les forteresses européennes. 

Musulmans et chrétiens ont en effet beaucoup appris les uns des autres dans le domaine de l’architecture militaire. Lorsque les Arabes ont conquis le Proche-Orient, c’etaient des cavaliers nomades. Pour défendre leurs conquêtes, ils ont donc copié les fortifications byzantines dont ils s’étaient emparés : murs de brique renforcés par des pierres, tours carrées à intervalles réguliers, enceinte généralement très longue abritant un vaste espace central, l’ancien « camp romain ». 

Les Arabes y ajoutent des machicoulis, qui permettent de lancer des pierres ou de l’eau bouillante sur les attaquant plaqués en bas du mur en restant à l’abri des flèches. Ils y ajoutent aussi une dimension importante : l’hygiene. Une forteresse arabe comprend hamam et latrines, batiments confortables et ravitaillement conséquent. Les écuries prennent également une place importante : les Arabes, omeyyades ou abbassides, puis les Turcs seldjoukides, sont des cavaliers et leurs forteresses leur servent de camp de base pour lancer des raids de pillage. 

Lorsque les Francs arrivent, ils apportent avec eux leur technologie. Elle est bien au point : cela fait des siècles qu’ont se bat entre barons en France ! La concurrence, il n’y a que ça de vrai !

Donc, avant tout, des tours rondes : ainsi, pas d’angles morts pour les flèches, et murs plus résistants aux bombardement (on peut toujours écorner une tour carrée et la rogner par petits bouts). On adapte les machicoulis arabes : jusqu’au XIIIème, en Europe, on ne construisait que des hours, des machicoulis en bois encastrés comme des échaffaudages dans le mur : moins cher, amovible, mais moins solide. Les Chevaliers de St Jean, gardiens du Krak, construisent de grandes écuries à l’arabe pour leur cavalerie et les croisés menent des raids de pillage à partir de la forteresse.

Mais ce sont des moines. Ils construisent donc un cloître et une chapelle dans leur fort et pendant les sièges, la règle de l’ordre prévoit de doubler les offices pour que tous les chevaliers puissent y assister malgre les tours de garde !

Lorsque Saint Louis arrive en Terre Sainte, il emmène ses architectes. Et ils construisent pour le compte des chevaliers de St Jean les parties les plus innovantes du fort. Pour empêcher l’assaillant d’employer des béliers, ils construisent une rampe d’accès en zig-zag devant la porte principale. Cette rampe est couverte, coupée de portes et de herses, et on peut y jeter toutes sortes de choses contre les ennemis…

Et ensuite, on ajoute, autour du Krak initial, une deuxième enceinte, plus basse. Elle permet de protéger la première de la mine et du bélier ; elle double la puissance de feu de la forteresse ; elle agrandit l’espace intérieur ; elle oblige enfin l’assaillant à prendre deux forteresses au lieu d’une, les soldats se retrouvant coincés, après avoir pris la première enceinte, dans un couloir étroit entre deux murs dont le plus haut est hostile… 

Saladin lui-même a recule devant le Krak. Ce n’est qu’en 1271 que le sultan d’Egypte, Baybars, assiège avec ses 10000 hommes les derniers chevaliers et leurs 300 soldats. Il parvient, en un mois, à percer la première enceinte mais ne peut aller plus loin. Alors, il envoie aux chevaliers un faux ordre de rédition sensé provenir du Grand-maître de l’ordre. Les croisés, découragés, isolés, ne cherchent pas à vérifier l’authenticité de ce document. Ils quittent la forteresse avec armes et bagages et rejoigent les villes de la côte pour rentrer en Europe. C’est le début de la fin pour les Etats latins d’Orient.

 

Conquête et héritage

Nous sommes à Alep, capitale du puissant sultan d’Alep, bien à l’abri de ses voisins dans sa citadelle imprenable, mettant en application tous les préceptes de l’art des fortifications apporté par les croises. Ceux-ci ne sont pas loin : à l’ouest, le long de la mer, c’est la principauté d’Antioche. Et au nord, le comté d’Edesse.

Contrairement aux autres principautés franques, ce comté n’a pas été fondé dans un bain de sang. La ville d’Edese n’a pas été prise par les croisés, elle n’a pas été pillée, ni détruite. Seulement, alors que l’armée de la premiere croisade campait dans la boue, en proie à la peste et à la dysenterie devant Antioche, un chevalier a déserté et est allé à Edesse avec ses hommes. Il est devenu le conseiller diplomatique et militaire, puis l’ami du seigneur de la ville. Finalement, il a épouse sa fille. Et quand le vieux prince est mort, hop, il a hérite d’une belle ville, riche, populeuse, sans avoir eu à dégainer une seule fois. Une conquête militaire en viager en quelque sorte… il suffit d’attendre quelques années, et c’est finalement moins long que pour prendre Troie !

xenophon20route.gif    Thalassa, Thalassa !

      Ce n’est pas une pub pour Georges Pernoud. c’est juste un cri de joie en quittant l’Anatolie…

A la fin de la guerre du Péloponnèse entre Athènes et Sparte, des milliers de hoplites grecs se sont retrouvés sans emploi : pendant des années ils n’avaient eu d’autre occupation que la guerre. Forts de leur expérience et de la qualité de leur armement, ils se sont engagés un peu partout dans le monde antique, comme mercenaires. Un frère du roi de Perse en a engagé plusieurs milliers. Officiellement, pour reprendre une ville rebelle. En fait, un beau jour, les soldats grecs se sont retrouvés en face de l’armée royale perse, car leur employeur conspirait contre son frère. Les Grecs, très inférieurs en nombre, ont été battus, et leur chef tué. Ils étaient en pleine Mésopotamie, à 2000km des cités grecques les plus proches, celles du sud de la mer Noire.

     Isolés dans un pays inconnu et hostile, les 10 000 Grecs élisent un chef : ce sera Xénophon. Pendant plusieurs mois, ils vont marcher vers le nord. A pied, en sandales, en portant leurs armes de bronze, ils avancent  en longeant le Tigre, puis en traversant le plateau anatolien. Un monde terrible pour ces Grecs habitués aux petites montagnes et à la mer de chez eux ! Il fait froid, il n’y a rien à manger, peu à boire, les habitants sont rares et ont peur de cette étrange armée, et les soldats perses les poursuivent et tentent à plusieurs reprises de monter des embuscades contre les Grecs Mais ceux-ci s’en sortent et un beau jour, du rebord du plateau, au loin, ils voient la mer. Quelle joie pour ces fils de l’océan perdus depuis des semaines au milieu de nulle part ! La mer, pour les Grecs, c’est la vie, et surtout, ils savent qu’au bord de cette mer, il y a des compatriotes qui les aideront à regagner leurs cités. Alors, de toute l’armée des 10 000, un seul cri s’élève : Thalassa ! Thalassa !

     Nous, nous savons qu’enfin il va faire beau et chaud et que dans quelques jours, c’est la Syrie !

 

Sur la route des croisades 

La route que nous suivons actuellement est celle qui a été empruntée, entre autres, par les premiers croisés. C’est donc l’occasion de faire un point sur les croisades, sujet sensible s’il en est depuis que l’histoire n’est plus une affaire d’historiens. 

Rappellons tout d’abord que la Palestıne etait peuplée de chrétiens depuis en gros le IVème siecle et appartenait à l’empire byzantin. Puis, au VII siecle, les Arabes musulmans se sont facilement emparés de la region : les byzantins étaıent faibles et n’ont pas pu résister militairement, et les habitant du pays ont accepté facilement de changer de maitre : les sultans omeyyades, puis abbassides etaient tolérants sur le plan religieux et les laissaient libres de commercer avec n’importe qui bien plus facilement que les empereurs byzantins. De toute facon, les Arabes n’avaient pas le choix : ils n’étaıent qu’une infime minorité de guerriers conquérants au milieu d’une nombreuse population, riche, cultivee, organısee… Petit à petit, de nombreux chrétiens se sont convertis a l’islam, d’autres nomades arabes sont venus s’installer dans les villes et les campagnes pour mener une vie plus agréable que dans le désert. La population, juive, chrétienne et musulmane, étaıt tres mélangée. Les villes du Proche-Orient sont les plus grandes du monde : peut-être près d’un million pour Bagdad, alors que Paris, plus grande ville d’Occident, n’en compte que 100 000 à la meme époque.  Mais tout change. Comme toujours, le grand empire se morcelle. Le calife de Bagdad devient un souverain fictif. L’Espagne, puis l’Egypte et tout le Maghreb, bientot également l’Anatolie deviennent indépendants. Les autorités religieuses se font concurrence également, quoiqıe de facon fort courtoise. Surtout, petit à petit, les commercants italiens prennent le contrôle des routes marıtımes en Méditerranee au détriment des marins égyptiens ou libanais. En Occident, Othon et ses successeurs relèvent l’empire romaın d’Occident ; un certain Guillaume envahit une ile aride peuplée de moutons et de sangliers et jette au mılıeu de quatre mıllıons de Saxons quelques milliers de Normands ; le roi tres chrétien, dans son palais de Paris, se sent plus sur de lui et se permet de rabattre leur caquet aux nobles trop arrogants. Les moines et les clercs multiplient les monastères, défrıchent, réfléchıssent, dıscutent, écrıvent, donnent naissance à une nouvelle pensée et retrouvent les textes anciens. Les pélerınages se multiplient, tout comme les églises. Et surtout, l’Europe se peuple. La charrue et le collıer d’épaule, la faux et le défrichage permettent aux paysans du bassin parisien, puis à leurs voisins, d’augmenter la production agricole et donc la population. En Allemagne, les enfants trop nombreux partent vers l’est et s’ınstallent au mılıeu chez les slaves : c’est le fameux Drang nach Osten, tout pacifique jusqu’au 14eme. En Espagne, les roıtelets du nord profıtent de l’aıde de croısés anglais, francais et même scandinaves pour attaquer leurs voısins musulmans du sud. En France, la densité de population augmente et le pays restera la “Grande Nation” d’Europe jusqu’au XIXème, à la limite du seuil de 40 habitants au kilomètre carré qui est le maximum viable avec les techniques agricoles traditionnelles. 

Bref, l’Europe se renforce et ne saıt plus quoi faire de ses jeunes. Et justement. A cette même époque, le même phénomène se produit en Asıe centrale et une trıbu turque, les Seldjoukıdes, va chercher le bonheur loin de ses steppes. Les Turcs arrıvent en Iran, puıs en Irak, prennent Bagdad en y laissant regner le calife abbasside mais en ne lui laissant qu’un pouvoir symbolique. Bientôt, ils ont conquis tout le Moyen Orient. Cela ne dure pas et au Xıème sıècle, les Fatımıdes quı règnent au Caıre, les Seldjoukıdes de Bagdad et une multıtude d’emırs ındépendants se partagent la région. Tout est morcellé, des Etats aux populations, Arabes et Turcs, chrétıens et musulmans de confessıons dıverses : plus d’une dızaıne.  Contrairement aux Arabes, les Turcs essaient de controler leur territoire. Juifs et Chretiens sont toujours aussi tranquilles, mais les étrangers dont controlés et surveillés. Or, il exıste deux sortes d’etrangers : les marchands, et les pélerins qui vont à Jerusalem. Les marchands italiens souffrent de ne plus pouvoir commercer librement. Et en saısissant le pretexte des lieux saints, ils font du lobbying… Bientot on raconte de droles d’histoires. Un pélerin auraıt été dépouıllé, un autre n’auraıt pas eu le droit d’aller jusqu’à Jérusalem, un troisième aurait vu un Turc voler dans une église… De plus, les Byzantins, depuis des décennıes, demandent de l’aıde aux chretiens d’Occident, au pape et à l’empereur allemand pour reconquérır les territoires qu’ils ont perdu. Bref, en 1095, à Clermont d’Auvergne, le pape, appelle les chevaliers à prendre la croix.    Deux ans plus tard, les pauvres habıtants de Syrie voient arriver des hommes invincibles, casqués, armés, caparaconnés, qui vaınquent les uns apres les autres les souverains locaux et traitent la population comme des vaincus. La politique etaıt deja bien complıquée : les Croisés s’y ajoutent, certains comme des nobles cherchant à conquerır une terre, d’autres comme des pélerins voulant délivrer Jerusalem, souvent les deux en meme temps… Pendant deux sıècles, tout va être très complıqué. Les chevalıers s’allıent aux émırs, l’empereur byzantin aux Egyptiens, tout le monde est à la fois en paıx et en guerre selon les années avec ses voisins… İl n’y a que lorsque quelque roi ou empereur occıdental arrıve que les choses se calment un peu. Mais finalement, lorsque le sultan égyptien Baybars chasse les derniers Francs, les pauvres paysans et artisans de la région sont bien soulagés. Tout est plus simple avec un seul souverain ! Quant à savoir si les croisades etaient bien ou mal… une seule chose est sure : ceux qui y ont le plus gagné, ce sont les sultans d’Egypte, quı en ont profité pour agrandir leur territoire jusqu’en Syrie, et les marchands italiens qui ont gagné beaucoup d’argent en transportant les Croisés d’Europe jusqu’en Palestine et qui ont éliminé tous leurs concurrents levantins occupés à sauver leur boutique à chaque pillage chretien ou musulman.    

Un roi pas tres malin 

Midas etait roi de Phrygie, la region où nous sommes. Un jour, Silene, un serviteur de Dyonisos, dieu du vin, s’égare apres une orgie et frappe à sa porte. Tout content, Midas l’accueille. Quelques temps apres, Dyonisos arrive pour recuperer Silene et pour remercier Midas, le dieu lui accorde un voeux. Sans reflechir, ce dernier demande que tout ce qu’il touche se transforme en or. Aussitot dit, aussitot fait. Et voila que le roi de Phrygie, lorsqu’il rentre chez lui, change sa porte en bois en une porte en or ! İl se couche, et des qu’il remonte ses draps sur lui, il dort dans des draps en or ! Ca gratte un peu. Le lendemain, il prend une pomme sur un panier. Aie ! İmpossible de manger une pomme en or. İmpossible de manger une cuisse de poulet en or. İmpossible d’embrasser sa femme ou ses enfants sous peine de les changer en statues. Terifier, Midas court apres Dyonisos pour changer son voeu ou, au moins, l’annuler. Le dieu lui ordonne de se laver les mains dans un fleuve voisin, qui s’appelle le Pactole. İmmediatement, Midas redevient normal. En revanche, depuis, on trouve de l’or dans le lit du fleuve et le royaume de Phrygıe est riche. Quelques années plus tard, Midas fait partie d’un jury quı doit déterminer qui, de Pan ou d’Apollon, est le meilleur musicien. Les autres jurés sont les muses. Pan joue de la flute, Apollon de la lyre. Toutes les muses déclarent Apollon vainqueur. Seul, Midas prefere Pan. Pour se venger, et aussi pour se moquer de lui, Apollon luı donne des oreilles d’âne. Heureusement, Midas a les cheveux longs et peut cacher ses longues oreilles. Mais un jour, tout de même, son coiffeur découvre ce secret. İl ne peut pas le révéler, mais il n’arrive pas a se taire. Pour se soulager, le coiffeur va faire un trou dans le sable au bord du fleuve et raconte ce qu’il sait. Et l’année suivante, lorsque les roseaux poussent au bord de l’eau, quand le vent souffle entre les tiges, on entend : “le roi Midas a des oreilles d’ânes ! le roi Midas a des oreilles d’ânes !” 

İls avaient les yeux bleus et de longues moustaches…

Nous voici en Capaddoce. Haut plateau, plus plat meme que la Beauce, parsemé de collınes et de montagnes ısolées a plus de 2000 m d’altitude. İci, le ciel est à portee de main. Et justement. Vous savez tous que les Gaulois ne craignaient qu’une seule chose : que le ciel leur tombe sur la tete ! En réalite, nous n’en savons rien. En revanche, nous savons ce que craignaient les Galates.

Les Gaulois n’habitaient pas qu’en France. Certains peuples de chez nous avaient des cousins qui parlaient la meme langue en Angleterre (qu’ont appelait la Bretagne), İtalie du Nord (Gaule Cisalpine), et meme en Autriche et dans le sud de l’Allemagne. Ces Celtes/Gaulois, entre le 5eme et le 4eme siecle avant J.-C. ont lancé de nombreuses expéditions, pour piller mais aussi pour trouver de nouveaux territoires pour les jeunes guerriers. L’une d’elle est allée jusqu’en Grece. Apres avoir pillé les tresors de Delphes, l’armée gauloise a continué sa route vers l’est, suivant la route que nous avons nous mêmes suivie jusqu’à la mer de Marmara. Apres avoir traversé, ces Galates se sont installés en Phrygıe, la région qui s’appelle aujourd’hui l’Anatolie occidentale.

Plus tard, Alexandre le Grad a son tour a franchi le Bosphore. İl s’est retrouvé dans le pays des Galates et pour savoir s’il pouvait faire confiance à ce peuple avant de traverser son territoire pour attaquer les Perses, il leur a demandé : “que craignez vous le plus au monde ? Le roi de Perse, ou moi ?”

Les chefs galates lui rient au nez et repondent ironiquement : “nous n’avons peur que d’une chose, c’est que le ciel nous tombe sur la tete !”

İls savaient bien que le ciel etaıt bien accroche et qu’ils ne risquaient rien. Nous le savons donc : Les Gaulois n’avaient peur de rien et Alexandre les a laissé en paix.

240pxetimologc3adasmapadelmundoconocido.jpg  Tectonique des plaques…    

  Istanbul est à la limite géographique de l’Europe et de l’Asie. Cela fait longtemps que les hommes ont divisé le monde en continents. Dans la Bible, déjà, existent l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Les premières cartes du monde reprenaient cette tripartie, issue du lieu d’habitation des trois fils de Noé et de leurs descendants. Avant tout, il faut se rappeler que jusqu’à la fin du Moyen-Age, on pensait que la Terre était plate, grand disque entouré de mer. A l’extrême orient de la Terre, par delà les montagnes, les déserts et les épées de flamme des deux chérubins chassant les hommes du Jardin divin, le Paradis terrestre d’Adam et Eve existait encore. Du coup, au lieu de mettre le nord en haut des cartes comme au jour d’hui, les cartographes mettaient l’Est.       Sem était  le fils préféré, celui qui donc habitera le plus près du jardin d’Eden. Le père des Sémites, habitait l’Asie, à l’Est de la mer Méditerranée, en haut de la carte, dans la direction du paradis.      Au nord, Japhet, le petit dernier. C’est l’ancêtre des Européens, des Grecs, des Romains, et de toutes les tribus du Nord : Scytes, Gaulois, Germains, Hyperboréens…      Enfin, au sud, Cham, ancêtre des Africains et notamment de la reine de Saba et des Ethiopiens et Nubiens. Les Egyptiens également étaient pour les Anciens descendants de Cham. Allez, comme vous n’avez rien compris, une petite carte un peu plus claire !

 figure3.jpg

mediumcorotorpheeramenanteurydicedesenfers.jpg   Orphée

Hier nous avons rencontré un Grec prénommé Orphéas, au jourd’hui nous sommes en Thrace, patrie du célèbre poète du même nom. Fils d’un roi de la région, le jeune Orphée était le meilleur poète et musicien de toute la Grèce. Et parmi toutes les nymphes et toutes les princesses, il avait choisi Eurydice, et devait l’épouser. Grande fête et grandes réjouissances. Les amoureux sont unis. Le soir, Eurydice va se promener dans un champ, cueillir un bouquet pour son nouveau mari. Et c’est le drame. Mordue au talon par une vipère, la jeune femme succombe le jour même de ses noces. Orphée est désespéré. Il va, vient, pleurant et chantant sa peine, en Thrace, puis plus loin, en Grèce. A bout de pleurs, il ose même chercher l’entrée des Enfers, espérant aller y retrouver sa femme bien-aimée. Descendu dans les entrailles de la terre, it trouve le Styx et émeut Charon, le passeur, par ses supplications et le son de sa lyre. Il parvient jusque devant le trône de Pluton et Perséphone. Même le froid dieu des Enfers ne peut retenir ses larmes devant la douleur qu’exprime le chant du poète. Eurydice pourra retourner chez les vivants poursuivre sa vie avant de redescendre lorsque son heure viendra. Seule condition : Orphée ne devra pas se retourner tant qu’il n’aura pas quitté le monde souterrain.

 Orphée regagne les longs escaliers qui conduisent à la lumière. Eurydice le suit, en boîtant car son talon la fait souffrir encore. Le chanteur est anxieux, mais il résiste à la tentation, il ne se retourne pas.

Au bout d’une longue marche on distingue enfin la lueur du jour. La sortie n’est pas loin, il ne reste plus que quelques marches. On entends même chanter les oiseaux. Mais, quoi ! Avec ce frémissement, Orphée n’entend plus le pas d’Eurydice, il croit en revanche ouïr un bruit de chute ! Aurait-elle trébuché ? Paniqué, il se retourne…et il voit sa femme tirée en arrière replonger vers le monde d’Hadès. Il redescend, court en espérant apitoyer une seconde fois le dieu des morts, mais Charon, le passeur d’âmes, a des ordres il s’est bouché les oreilles pour ne pas être ému par la musique d’Orphée et refuse de le faire traverser le fleuve. Le poète n’a plus qu’à remonter, et il erre sans but sur la terre, fuyant les hommes et surtout les femmes qui lui rappellent sa bien-aimée. A son chant, les bêtes sauvages s’adoucissent, les arbres s’inclinent, et lorsque sa douleur lui fait oublier l’ardeur du soleil, les pins et les oliviers poussent d’eux-même pour l’abriter, attirés par le son de sa lyre.

C’est le jour des Bacchanales. Les femmes thraces fêtent le dieu de la vigne selon les rites. Elles sont un peu éméchées et l’une d’elle propose d’aller embêter un peu cet Orphée, si séduisant mais si sauvage, qui est là-haut sur la montagne depuis hier. Elles montent le voir mais lui ne les voit même pas. Elles finissent pas s’énerver et lui lancent des cailloux, des bâtons. Heureusement, charmés par la voix magique, même les choses refusent de faire du mal au poète et retombent sans le blesser. Toutefois, les Thraces sont furieuses, et dans leurs trompes, dans leurs flûtes, en criant, elles font un bruit infernal, qui fait partie des célébration de Dyonisos. Bientôt, leur vacarme couvre la voix d’Orphée et pierres, lances et épines n’entendent plus le charmeur éploré. Le poète périt ainsi, victime de ces femmes dont aucune ne valait son Eurydice et de la boisson dont elles s’étaient enivrées.

p1020719.jpg  Tour byzantine.

Jusque là, rien de très original, à trois cent kilomètres de Constantinople. Sauf que, à bien y réfléchir, elle a un vague air de déjà vu, cette tour de garde sur la côte. Et ses soeurs, par-ci par-là, également. Mais bon sang, mais c’est bien sûr, comme dirait l’autre ! Il y a un truc pareil en Corse !

Mais, enfin, comment est-ce possible ? Il n’y a jamais eu de contact entre
la Corse et Byzance à ce que je sache ?

Eh bien c’est ce qui vous trompe, très chers amis lecteurs. Comment donc s’appellent ces tours de gardes de l’île de Beauté ? Les tours génoises, non ? Justement, les marchands génois, propriétaires de
la Corse jusqu’au XVIIIème siècle, furent un temps les rivaux des Vénitiens. Ils avaient un grand nombre de comptoirs tout autour de
la Méditerranée, et commerçaient activement avec
la Chacidique, alors que les Vénitiens se réservaient les îles de la mer Egée. Plus loin même, ils ont gouverné pendant quelques temps la côte de
la Crimée.

Or, il fallait bien protéger tous ces comptoirs des pillages turcs ou des attaques vénitiennes. Les Génois, comme en Corse, ont donc construit un peu partout des tours de garde. Et lorsqu’ils sont partis, les Byzantins ont copié le système pour surveiller les bateaux turcs. Tout simplement.

Cynıques Grecs…

Ici, les chiens sont méchants. Cyniques. Pourquoi ? En grec, le chien, c’est « cynos ». Et quelqu’un de cynique, c’est un disciple de Diogène le Cynique. Ce drôle d’individu vivait à Athènes au IIIème siècle avant Jésus-Christ, comme un chien. Il habitait dans un tonneau, ne s’émerveillait de rien, critiquait tout pour n’être jamais déçu et préférait vivre au jour le jour que se sortir de son tonneau. Lorsqu’Alexandre le Grand est venu le voir pour lui demander ce qu’il désirait, la seule chose que Diogène a bien voulu lui dire fut « ôte toi de mon soleil ». Et surtout, il proclamait : « comme les chiens, je caresse ceux qui me donnent, j’aboie contre ceux qui ne me donnent pas, et je mords ceux qui sont méchants ». Les chiens grecs d’aujourd’hui devraient réviser leurs classique : nous, on ne demande pas les caresses, mais ni nos mollets ni nos remorques ne méritent les coups de crocs qu’ils essaient de nous donner

p391.jpg    Le cheval à tête de taureau

Alexandre était le fils de Philippe, roi de Macédoine. Cette région du nord de la Grèce était bien moins riche en monuments et en culture que le sud, Athènes et le Péloponnèse. Mais dans les plaines macédoniennes, Philippe avait réussi à fonder un royaume puissant et riche, et à conquérir de nombreux territoires. Et de cette base solide, il avait envoyé ses phalanges irrésistibles, armées de lances de plus de six mètres, envahir les cités de la Grèce antique en profitant de leurs divisions. Alexandre devait un jour hériter de l’empire grec.

En attendant, c’était un adolescent intelligent et sage. Comme un jour il était au temple avec son précepteur et qu’il célébrait le culte des dieux en brulant de l’encens, son maître lui reprocha de gaspiller de ce parfum : il venait de loin et coutait cher, même pour un roi… Bien plus tard, Alexandre devait s’en souvenir quand il serait dans des régions où pousse l’encens !

Un autre jour, le futur Alexandre le Grand accompagnait son père chez un marchand de chevaux. Il voulait acheter un superbe cheval que le marchand avait amené de thessalie jusqu’au palais du roi, à Vergina. En effet, il était beau, grand, solide… mais il fallait encore l’essayer. Un écuyer du roi le prend par les rênes. Tout va bien. Un autre monte sur son dos et tout à coup, le cheval devient comme fou : il rue, il se cabre, c’est le rodéo. Tout le monde se retrouve par terre en une minute. On essaie encore de le monter. Et de nouveau, c’est l’échec : dès que quelqu’un monte sur son dos, le cheval s’emballe et le jette à terre. Tous les serviteurs du roi s’y mettent, rien n’y fait. Philippe, découragé, renonce à acheter ce cheval si beau, mais qui ne sert à rien, lorsqu’Alexandre, qui à 14 ans à peine, lui demande la permission d’essayer lui aussi. « Comment ? Tu voudrait essayer, toi, petit bonhomme, alors que tous les meilleurs cavaliers ont échoué ? Tu est bien prétentieux ! Eh bien, va, tu vas te faire mal et ce sera ta punition. »

Alexandre prend le cheval par la bride et le fait tourner sur lui même une ou deux fois. Puis, il saute sur son dos et s’élance au triple galop. Il file comme le vent, fait quelques tours, saute un fossé ou deux, puis revient au pas devant son père et ses courtisans ébahis. « Ca alors ! Comment as tu fait ?

    C’est bien simple : nous sommes en plein soleil, et le cheval avait son ombre devant lui. Il y est habitué. Mais dès que quelqu’un montait sur son dos, son ombre devenait beaucoup plus grande, se déformait, bougeait toute seule : il avait peur et essayait de s’enfuir en jetant tout le monde à terre. Il suffisait de le mettre face au soleil, afin qu’il ne voie pas son ombre, et de l’habituer à la voir progressivement. »

    Le grand cheval qu’Alexandre avait dompté devant son père avait une grosse tête : après que son père le lui eut donné, le futur conquérant l’appela « Bucéphale », ce qui signifie « tête de taureau ». Et il l’emmena jusqu’au bout du monde, à la conquète de l’empire perse; de l’Egypte aux steppes de Bactriane, en Asie centrale, et jusqu’en Inde.

La ville maudite

Au jour d’hui, nous pensions aller à Thèbes. Nous avons traversé la Béotie. Finalement, nous avons trouvé un raccourci, nous ne sommes pas allé à Thèbes, mais nous sommes passés par

12 réponses à “L’anecdote historique”

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  1. 2 06 2008
    Ecureuil (20:40:46) :

    Je ne m’inquiète plus : il porte des caisses de déménagement avec trois doigts, et pour faire plus fun les empiles comme des cubes… Et il cuisine comme un Dionysos : qui ne fondrait pas devant ses tartes aux fraises : de quoi générer la Paix entre bien des européens… reste à fournir les fraises… Avis à ceux qui seront sur sa route.

  2. 4 06 2008
    zouzou (17:59:56) :

    Bravo Jean-Baptiste.Je t’en veux de me faire réver et de réaliser ainsi que nous n’avions,à notre génération,aucune possibilité pour devenir intelligent; la preuve, vois ce que nous sommes devenus!!!

  3. 12 09 2008
    charlène leslie (13:44:47) :

    les éléves du collège jules verne vous souhaite une bonne route et bonne chanse merci encore pour votre visite!!! atré bientot sur le blog

    charlène et leslie du collège jules verne

  4. 19 09 2008
    Mum (17:31:24) :

    Il est écrit ci dessus que l’onglet »anecdote historique » est +tôt destiné aux enfants………..Que nenni! J’ai adoré la visite de l’église guidée par Bruno et le reste m’a fait voyager dans le temps avec bonheur!
    Continuez quand vous le pouvez!

  5. 19 09 2008
    poulik (18:32:08) :

    Salouti Fréro !!
    Alors ? Tu commences à avoir mal aux jambes ? J’espère pas trop parce que tu a un col à te coller ( jeu de mot ) :) .
    Votre site est super !! mais un peu trop soutenu pour moi !! Je penserai bien à toi et à Bruno , quand maman viendra nous bassiner quand on visitera une église.
    Je te dis un dernier truc :
    BON COURAGE et GROS BISOUS !!! :) :):):):):):):)

  6. 23 09 2008
    Anonyme (13:20:13) :

    l

  7. 3 10 2008
    Ecureuil (19:09:44) :

    C’est très intéressant de découvrir le vaste territoire historique de Bruno. Voici donc modestement ma contribution à sa demande…
    http://www.renaissance-amboise.com/images/empire_quint.jpg
    et ça ne se limite pas à l’Europe
    http://www.renaissance-amboise.com/images/amerique.jpg
    de quoi motiver une prochaine virée ?………

  8. 23 10 2008
    mum (20:48:51) :

    Je crois décidément ,Bruno, que tu as embarqué de la potion magique pour recharger les neurones!
    comment peux tu te souvenir des noms et autres anecdotes sur la fondation de Thèbes et autres batailles de grecs !
    En tous cas ,c’est beaucoup plus passionnant que ce que j’ai pu apprendre dans ma jeunesse.Merci!

  9. 24 10 2008
    kentin robin et florian (07:56:39) :

    salut sa va jespere que c est pas trop dur bonne continuation

  10. 25 10 2008
    Ophélie (22:52:19) :

    Hello tous les deux…

    ca faisait qq temps que je suivais vos aventures… bravo pour le blog, c’est vraiment très bien fait et on reconnaît la touche personnelle de chacun d’entre vous : à Bruno, la richesse informative, à JB les envolées lyriques!!
    A très bientôt. Et surtout bon courage!!

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