Un, deux, trois, soleil !

7012009

 

    

Le Caire
Album : Le Caire

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Après une éprouvante visite au consulat de Libye, nous descendons quelques marche pour nous reposer au soleil, au bord du Nil, à un des rares endroits laissés libres par les country clubs et autres terrasses chics hérités des Anglais. Au bout d’un quart d’heure, un gars en barque nous accoste : un petit tour ? Non, merci. Ah, si, un petit tour ! Cinq livres seulement. Non, merci ! Ah, mais si ! C’est interdit de rester là, comme ça, sans rien faire ! Je vais appeler la police, moi ! Faites, mon ami, faites… Après trois jours dans la capitale, une chose est sure : ici, il faut bouger. C’est le contraire d’un deux trois soleil. Pour faire la sieste sur un banc ou lire sur une pelouse, il faut payer et aller dans un parc privé ! Ou dans un café. Une invention égyptienne ? Peut-être. En tout cas, ici comme partout, ils sont innombrables, et on y sirote un verre en fumant le narguilé et en discutant avec les amis. Finalement, on s’y fait.

     Et au dessus de tout ça, soleil ! Trois jours dans la lumineuse poussière cairote qui rend l’atmosphère dorée, qui brouille et éloigne les minarets comme dans un conte des milles et une nuits, ombres chinoises sur l’horizon. Evidemment, l’inconvenient, c’est qu’ici comme a la campagne, le soir, on a le nez plein de poussiere…

     Comme le disciple de l’alchimiste de Coelho, nous voici arrivés au pied des pyramides. L’extrémité de la boucle. Sous le soleil d’Afrique, dans la lumineuse atmosphère d’Egypte, la route de l’Olivier n’a jamais, jamais été si au sud, ni si loin de la mer qui lui sert de giratoire. Tout ici est autre. Plus d’oliviers, mais des palmiers ; plus de montagnes mais une longue oasis verdoyante à la terre détrempée, au milieu du désert, plus de temples romains mais des monuments pharaoniques…est-ce encore la Méditerranée ? Nous ne sommes plus chez nous.

     Et pourtant. Nous sommes bien, au Caire. Nous connaissons déjà. Certes, tout est plus grand, plus peuplé, plus vif, plus pollué, mais si l’unité méditerranéenne n’est plus visible, celle du monde arabe, elle, est évidente. A l’encontre de la chronologie, nous découvrons l’Egypte vivante avant l’Egypte ancienne. Celle ci est bien oubliée ! Dans une mosquée turque, il y a des chapiteaux en forme de lotus ; dans une mosquée arabe, on voit des colonnes romaines réemployées. Mais c’est tout. Ici, il y a soixante dix millions d’Arabe et, si un certain nombre bavardent dans les cafés, les autres ne sont pas restés inactifs depuis qu’il sont là ! De mosquée en mosquée, de maison en boutique, nous retrouvons au Caire quelque chose d’Alep ou de Damas. En plus grand. Les taxis klaxonnent, les chevaux des fiacres piaffent, les minibus ronronnent. On retrouve les souks et les petites échoppes… On retrouve les grandes cours ensoleillées et les minarets à pendentifs. On se perd dans des ruelles jonchees de detritus et des avenues populeuses. On se rappelle les gens. Ici, ils sont pesants avec leurs bakchichs et leurs vrais-faux papyrus a prix d’or et il faut etre desagreable pour etre tranquille, la, ils voient plus l’etranger que le touriste et on peut boire un the gratuit… Tradition et modernité sont encore plus visibles qu’ailleurs. On croise, partout, des jeunes en jean et baskets et des gens en djellaba. On croise des amoureux sur les bancs publics, qui gazouillent et discutent, ne s’interrompant que lorsque chante le muezzin. Les chevaux trottent entre les Mercedes, les anes apportent en ville les oranges et les fraises, et ici, la viande est fraîche : dans les quartiers populaires on voit le juste nombre de moutons nécessaire à l’approvisionnement du jour de l’étal du boucher On mange des pizzas, ou des trucs bizarres à base de riz et de lentilles qui ne coûtent rien. Il y a des pâtisseries feuilletées comme en Grèce. Lorsqu’on s’éloigne des quartiers touristiques, on nous offre le thé. Les policiers sont bon enfant, et ils sont innombrables. Les hôtels de luxe se succèdent le long du Nil et on jette toujours des filets dans le fleuve. On passe du Caire hausmanien commandé par Ismael au Caire fatimide achevé par Saladin en quelques dizaines de mètres. Car finalement, les Arabes ont beau être les derniers venus ici, ils sont tout de même là depuis plus de mille ans ! Et ça fait beaucoup, beaucoup de choses à voir. Alors on voit…et on admire..

 

 




Alexandrie, Alexandra

5012009

vallee du Nil
Album : vallee du Nil

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, Camping sur le Nil
Cher Maman, cher Papa

Je suis arrivé en Egypte. Tout va bien, il fait beau et les monos sont sympas. En sortant de l’aéroport, je crois que les monos ont oublié de réserver le bus pour nous amener en centre ville : ils fument, ils boivent, c’est de la racaille. Ils nous ont donné des vélos et nous ont dit de pédaler droit à l’est, ils nous ont dit qu’ils nous attendaient à Suez. Sur le moment, on n’a pas bien compris, alors on a fait comme ils ont dit. De toute façon, on fait toujours comme ils ont dit. Normal, c’est eux qui le disent. Comme ils avaient pris la carte avec eux, on a pris la route toute droite. C’était joli, mais je trouvais que les voitures étaient un peu trop à côté de nous, surtout les grosses voitures à huit roues qui te longent tellement proche que tu peux lire la marque de l’essieu. Quand on roule, ils nous bousculent, et ils ne nous regardent pas, comme d’habituuuuude, dit François. Et puis vous savez, c’est bizarre dans ce pays, quand tu roules, tout le monde klaxonne. Y en a, ils klaxonnent pour dire qu’ils sont là, d’autres pour dire qu’ils allument leur poste de radio, certains, pour signaler un danger, d’autres pour dire qu’ils ont passé le danger, et le pire, c’est peut être ceux qui sont gentils : ils klaxonnent pour nous dire bonjour, mais nous, en vélo, on est juste à la hauteur du klaxon, alors ça fait mal aux oreilles ! Et puis, peut-être ils ont peur d’être discrets, peut être c’est mal vu, mais en tout cas, il y a qui allument leur musique à fond. Alors forcément avec tout ce brou à rat, y a une super ambiance sur la grosse route, ça nous met de bonne humeur et au bout de deux heures, on est arrivé aux portes du désert. Les monos nous attendaient. Ils sont sympas ces monos, des rois de l’organisation. Il y en a un, il crie tout le temps en se marrant, l’autre, il a l’air d’être plus calme, peut être il réfléchi, peut être… Le seul problème, c’est que François avait faim comme un barracuda. En tout cas, ça serait bien que les monos ils réfléchissent un peu plus. Parce qu’après deux heures sur la grosse route, ils nous ont dit de faire demi tour. Paraît il qu’il y avait réservé un super hôtel pour dormir sur les bords du Nil. Alors après s’être en allé, on est revenu. On a pédalé dans l’autre sens et à mesure que nous approchions du gros fleuve, on a commencé devenir de plus en plus bronzé des bronches. Les monos, ils nous ont dit que c’était bien d’être bronzé des bronches. Même que les rois de la nature avant c’était ceux qui avaient les bronches en or. On les appelait les bronchiosaures. Alors pour avoir les bronches bien bronzés limite or, on a pédalé de plus vite en respirant très fort la poussière tout autour.

Tu sais quoi Maman ? Ici, les vélos sont devenus jaunes. L’air, c’est comme chez grand mère quand elle vient de secouer son tapis. Y a des particules partout, ça se met sur les meubles, ça sent l’authentique et ça dégage un réel charme, ça fait des halos partout. On voit la lumière dans l’air, Maman, c’est superbe. Mais en vélo ce n’est pas terrible alors on fait comme les pharaons, on met la tête de profil, pour éviter les grains de sable.

Arrivé le long du Nil, les monos, ils nous ont amené dans un endroit paradisiaque. Ils nous avaient pas menti ! Les pieds dans l’eau, entre roseaux, palmiers, et magnolias qui ont toujours été là, for ever, le tout sous la déclinante lumière d’un soleil couchant d’un rouge qu’on avait jamais vu avant, sur fond de pyramide, on s’apprêtait à passer une nuit dans le plus formidable hôtel du Nil. Un mélange d’authenticité et de confort. Mais les monos ils n’avaient pas demandé au propriétaire apparemment, ou alors, ils avaient pas payé, mais en tout cas, on a bien senti qu’il y avait un problème. Le gardien il avait pas l’air de trouver ça normal du tout notre réservation. Du coup, on a changé de programme, et au lieu de dormir, on a fait un grand jeu de nuit. Il fallait chercher des crocodiles en paille, la nuit, et avec les vélos. Super le jeu ! Nous, on était fatigués alors on a dormi, mais dans un champ au bord du fleuve. François, il a dit que c’était dommage parce qu’on ne voyait pas le Nil. Et lui, ce qu’il préfère, c’est les barques. Mais on s’est bien amusé avec les copains parce que on a fait comme les GI et on a caché la tente. Claude bougonnait en disant qu’il préfèrerait avoir un marteau pour travailler comme ça la nuit. Il paraît que les crocodiles ici, c’est un peu comme les Viets, ils sont petits mais taquins.

Le lendemain, on a mangé et puis on est parti sur les vélos vers le sud. Claude faisait du boudin parce qu’il voulait aller à Alexandrie, mais bon, avec lui, c’est toujours la même mélodie, alors on ne fait plus attention. En tout cas, c’était très joli. Avec le sable doré et le soleil, les champs tous verts, les palmiers tous droit, les djellabas et les dromadaires sous les arbres, ça ressemblait exactement aux gravures qu’il y a chez tonton Napo, de quand il était soldat pendant la révolution. C’est tout comme l’Egypte qu’il y a dans les livres d’histoire.

Comme on en avait assez de rester du même côté, on a essayé de traverser la rivière. Les monos nous ont dit de chercher le bac, parce qu’il n’y avait pas de pont. Mais en fait il n’y avait pas de bac non plus alors on a juste visité des petits villages au bord du Nil. Claude, il dit que c’est vachement bien torché, ces paysages, mais moi je crois qu’on dit torchis. En tout cas, après, les enfants d’ici ils ont joué avec nous, sauf que nous on ne voulait pas trop, et ils ont couru partout en criant et en chantant jusqu’à ce que les grands ils leurs disent d’arrêter. Les grands ils sont très gentils : ils nous disent le chemin, ils nous offrent le thé, ils discutent… sauf qu’on ne comprends rien parce qu’on ne sait pas l’arabe. Tout ça c’était très très joli et on n’avait jamais vu ça, même François. Même que quand il a appelé ses parents, le téléphone pleurait tellement c’était beau. Finalement, on a laissé les pêcheurs pêcher et les agriculteurs agricultiver et on est retourné sur la route pour aller prendre le pont qu’on avait vu le matin. Et c’était tellement bien qu’on était même pas fachés de reprendre la même route dans l’autre sens.

Les monos commençaient a être bien embêtés parce que c’était tard, tout de même, quand on a passé le pont. Et comme ils disent que la région est très dense, c’était embêtant. Dense, François m’a expliqué que c’est un mot pour dire qu’on n’a pas le droit de camper et qu’on doit faire de la danseuse sur le vélo avant de trouver un endroit. Il y avait des routes toutes défoncées et plein de briqueteries partout et des boeufs qui labouraient et des voiles sur les filles, mais c’est surtout Claude qui disait ça. Heureusement, on a trouvé un endroit pas dense du tout, avec du sable, et des palmiers pour mettre la tente en dessous, à Saqqara. Finalement, c’était encore une blague des monos parce que la police est venue et au bout d’une heure on nous a dit qu’on n’avait pas le droit parce que le terrain il était vague et que c’était c’était des antiquités ou un truc comme ça. Ils parlaient lentement et ils discutaient beaucoup pour savoir si on avait le droit de rester dans notre trou sableux en plein hiver. Ils étaient bien embêtés parce qu’ici ils aiment bien les touristes alors ils ne voulaient pas nous chasser mais en même temps, le règlement, c’est le règlement…à croire que les Egyptiens sont des cousins des Allemands ! Alors on est reparti, mais il faisait tout noir, et on a dormi un peu plus loin dans une cabane. Autour de la cabane, il y avait des champs verts comme les prairies de Normandie et des palmiers comme sur les cartes postale et une lune tout fine. Et ce n’est que le lendemain qu’on a vu les pyramides se profiler sur l’horizon, et là Claude a dit que c’était très émotionnant de voir quarante siècles nous contempler comme ça, et que maintenant qu’on avait vu ça, on pouvait rentrer à la maison.

Papa Maman, l’Egypte c’est trop bien, faudrait juste penser à changer de monos la prochaine fois.

Je vous embrasse bien fort, avec le poisson rouge.




Qui voit Ouessant, voit son sang…

4012009

 

Jerusalem-Haifa
Album : Jerusalem-Haifa

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Pour voir le Caire, quel calvaire !

     Dans la dynamique Tel Aviv, il est un petit endroit que tous les bons guides devraient conseiller. Accueillant, chaleureux, bien aménagé et plein de bonne humeur, l’appart d’Astou nous a été ouvert pendant une journée. Enfin deux. Ou trois. On ne sait plus très bien. En tout cas, on ne vous donnera pas l’adresse parce qu’on a un peu abusé déjà, et sans réservation qui plus est. Merci Astou !

     Ne nous voici donc pas à Chypre. En effet, après avoir passé une journée entre Jaffa, la vieille ville arabe, Tel Aviv, la moderne juive capitale d’Israël, la plage, paradis des cadres venant surfer entre midi et deux, et un institut français à la bibliothèque bien fournie, le 31 décembre, dès l’aubette, nous filions à vive allure sur la piste cyclable qui longe la mer, poussés par un vent favorable qui avait fait sortir en nombre les kite surfeurs. Mais, baste, la Route de l’Olivier ne pourra pas être taxée de veinarde ! Dès le vingtième kilomètre, le vent tournait franchement à l’ouest, voire plus. Et une demi heure après, un fort vent du nord nous apportait quelques rafraichissements et même, délicate attention, une bonne douche relaxante. Ah, quel plaisir, pendant l’effort, de se détendre pendant une ou deux heures sous une bonne douche !

     Bref, arrivée à Haifa sous la tempête. Que nous ne pensions pas d’ailleurs si tempétueuse que ça, seulement très désagréable, mais nous n’avons apparemment pas le même référentiel que les marins israéliens : bateau annulé. Rien que ça. Retour sur Tel Aviv, pas de train dans lequel les vélos sont interdits… Nous sommes refoulés à la gare centrale d’Haïfa, et retentons notre chance à la gare routière sur le conseil d’un vigile compréhensif. Nous nous en sortons, et débarquons, devinez où ? Chez Astou bien sûr !

     Nous finissons finalement par prendre l’avion que nous offre la compagnie maritime pour rejoindre le Caire. Nous sommes à l’aéroport sept heures en avance, rien que ça. Et ça fouille, et ça refouille, et ça passe les duvets et les mandarines aux rayons X, et ça veut nous confisquer le bouteille d’essence (vide), et ça refouille la salière, et ça trifouille les chaussettes sales, et ça examine les cadres des vélos, et ça feuillette les livres… quatre heures au contrôle de sécurité. Consolation, la plupart des agents sont plutôt sympathiques quoique pénibles et nous avons droit à un traitement de faveur pour l’enregistrement, heureusement. Et puis, somme toute, sept heures de contrôle, plus une heure d’attente, plus une heure de vol, plus une heure de queue, visas, remontage de vélos etc, ça vaut bien cinq ou six jours de vélo dans le désert !

     Cela dit, nous arrivons au Caire à 11h du soir. Heureusement, il y a une mosquée entourée d’un parc à côté du parking et nous y campons, avec l’aval de quelques uns des innombrables policiers à capuchon du quartier.

Le lendemain, 5h30h. Un bédouin ou assimilé, djellaba informe, keffieh délavé, poil grisâtre et tong trainante hurle devant la tente, l’air bougon, en faisant du bruit et en tripotant les tendeurs. Il finit par quitter la place sous nos regards hostiles et incompréhensifs. Surs de notre bon droit et confortés par l’appui de la force publique, nous replongeons dans le sommeil.

6h. Apparemment, le gars à la tong trainante est allé chercher du renfort : derechef, nous restons dans nos duvets et expliquons que nous avons demandé la veille. Les nouveaux arrivants se replient : « sleep, sleep, OK ».

6h15. Cette fois, c’en est trop ! Un des policiers de la veille arrive avec le groupe précédent, ou en tout cas des gens qui leur ressemblent, mais avec les yeux collés on ne voit pas très bien. Tout ce petit monde repart en nous invitant à dormir mais c’est un peu tard. On ne le sait pas encore, mais ce premier contact : invitation – rejet ne sera pas le premier… Un peu embrumés, franchement mous et pas très contents, nous plions bagage, direction le terminal le plus proche, sa supérette et ses cafés chauds. Bienvenue en Egypte !

     Le programme des prochains jours n’est pas encore défini. Le Caire ? Pas pour tout de suite. On y passera bien assez de temps dans les prochains jours. Franchement aigris aprés cette nuit pourrie, on prend la direction de Suez. Tout ça n’est pas bien réfléchi, et c’est plus pour le mythe du campement dans le désert que pour l’attrait géographique du canal que nous prenons cette direction.  D’échangeurs en larges autoroutes, on sort tant bien que mal du terminal pour arriver sur une ligne droite interminable genre route 66 mais en plus large et bordées d’immeubles en constrution. C’est le paradis du camping constructible. Pas de chance, il n’est pas encore l’heure. On s’enfonce un peu plus dans le désert pour finalement piler au détour de rien… Demi tour, le désert nous gonfle, on va voir le Nil. A défaut d’un camping mythique à la Lawrence d’Arabie, on opte donc pour son confrère, le camping Indiana dans les roseaux du fleuve habités paraît il par des familles de crocos…




Un grand merci

30122008

30 décembre 2008, à la veille d’un nouvel an un peu atypique, la Route de l’Olivier est à Tel Aviv. Il fait chaud, on vient de piquer  une tête dans une mer déchainée surpeuplée de surfeurs, on profite et il est grand temps de remercier chaleureusement tous les gens qui nous accueillis durant ces trois premiers mois.

Si le voyage a été si riche, si on a toujours la pêche et si la motivation pour continuer est toujours autant présente, c’est grandement grâce à vous.

Alors simplement, un immense merci et tous nos voeux pour cette nouvelle année.

France:

Merci au locataire de Provins qui fut témoin de notre première nuit de voyage. Le souvenir inébranlable d’un squat de luxe après une étape éprouvante.

Merci à Stephan, le gardien du refuge des pèlerins de Compostelle à Tonnerre. On espère que votre chien malade va un peu mieux.

Merci à Geneviève, la tata Nuts de Dijon véritable reboosteuse de moral qui nous ouvrit logis et frigo.

Merci au groupe de prière de Dole ainsi qu’au curé cuistot. Un soir de septembre, vous avez passé le bon coup de fil, en plus d’une pièce chauffée, on s’est vu offrir une compote de pomme très nature

Merci au maire de Malbuisson, petite commune du Jura qui nous ouvrit les portes de la salle des jeunes à la veille d’une importante étape : notre première frontière et son premier conseil municipal.

Suisse:

Merci au curé de la paroisse d’Aigle, on ne se rappelle plus de votre nom, mais une chose est certaine, votre collègue est breton. Dans notre guide perso du routard de Jérusalem votre salle de cathé est terriblement bien notée.

Merci au jovial curé de Brigue. A la veille de la plus difficile étape du tour qui nous fera passer les Alpes, vous nous avez simplement offert l’hôtel ! Royal !

Merci aux responsables de la commune d’Airolo. En nous ouvrant les portes du bunker municipal, c’est grâce à vous que nous avons campé dans un des endroits les plus originaux.

Italie:

Merci à don Giorgio, curé missionnaire de Ponte Tresa, on espère un jour vous voir sur Paris et compléter votre album photo.

Merci à don Alberto. A Milan, en plus du logis, vous nous avez fait découvrir le petit dej italien et les fameux oratorios.

Merci à toute la fine équipe de l’oratorio de Brescia. Qu’est ce qu’on a lutté pour l’atteindre votre ville, mais l’accueil fut à la hauteur des détours.

Merci à Charles Pierre. Un soir d’octobre, tu as accueilli deux Français épuisés dans ton appartement de San Bonifacio. La soirée qu’on a passé avec toi est une des plus mémorable du tour. A l’heure qu’il est, tu dois être au Sénégal pour ton mariage. Félicitation, on pense bien à toi !

Merci à don Fausto et tous les jeunes du foyer de Mestre. Comme vous avez pu constater, on s’est tellement bien senti chez vous qu’on est resté !

Merci au vieux Julio de l’oratorio de Porto Gruaro. Depuis un certain soir d’octobre, on parle couramment l’italien… avec les mains !

Merci enfin aux pères blancs de Trieste, vous avez conclu notre étape italienne en beauté.

Turquie:

Un immense et chaleureux merci à Sophie, Maria, leurs maris et leurs enfants. Si Istanbul a cette saveur, si pour nous cette ville est la plus fascinante cité visitée jusque là, vous n’y êtes pas pour rien. Presque six jours chez vous alors que nous ne vous connaissions pas, c’est un record ! Un grand grand merci et tous nos voeux pour cette nouvelle année.

PS: on s’organise dès qu’on peut pour récupérer le colis stambouliote. C’est un colis sacré, le short fétiche de JB est dedans !

Merci à Mohammed et son fils. Encore une rencontre improbable. Alors que nous squattions tranquillement dans ta maison en construction, tu nous as surpris. Loin de nous renvoyer, tu nous a offert des pommes, un thé et … l’électricité.

Merci à Gwen. Mythique chasseur de vent, à tes côtés dans le désert turque, on a pris goût au Dakar. Si un jour tu quittes ton boulot, sois gentil, appelles nous, on est preneur !

Merci à toute la fine équipe de l’hôtel Lale Saray en Cappadoce. Merci particulièrement à son heureux papa de patron et à Engin, grand manitou en chef.

Merci enfin à Mohammed et toute sa famille. Non loin d’Antioche, on a vécu à vos côtés un superbe remake de la « ferme du paradis ».

Syrie:

Arrivés à Alep, c’est grâce à Samir que JB surmonte l’épreuve d’une grave maladie…et que nous découvrons le monde arabe

Liban:

A Banyas, petite introduction au Liban, à sa politique, à la gentillesse de ses habitant chez les frères antonins et leurs voisines religieuses.

Merci à Estephan, habitant de Tripoli, pour sa disponibilité.

Merci au père Habib et à sa petite famille, dont nous avons fait parti pendant une soirée, sur le seuil de la Vallée Sainte.

Merci à Sateh, Maha, Sarah, pour leur accueil fantastique dans un Beyrouth bien calme.

Merci aux jeunes constructeurs de crèche de Baalbeck et à leur curé : Youssef le charpentier

Merci Henri pour ton invitation à Anjar, la richesse de ta conversation et ton petit cours d’allemand…

 Israel:

Merci à soeur Pascale, son grand coeur et sa bonne humeur inébranlable qui, en plus de nous fournir le gîte, nous a donné une magnifique leçon d’amour et de générosité à notre entrée en Terre Sainte.

Merci Marie Jeanne, toute discrète.

Merci aux scouts et à la fanfare de Jéricho : grâce à vous, nous aimons la Palestine

Merci Mathilde, maîtresse de la favela qui nous a accueilli sans étonnement et supporté bien longtemps sans lassitude

Merci enfin à Astou qui nous a ouvert sa porte à Tel Aviv et nous a fait voir Israël sous un autre jour…




Un bizarre entre deux.

29122008

 

Etrange perspective que celle qui nous attend : perdre du temps. Nous devons errer sur les routes d’Israel, errer en attendant le 1er janvier, date de notre départ en bateau pour Chypre.

Avancer, avoir le nez sur le chrono, anticiper les gains de temps, on connait. Mais perdre du temps… mon Dieu quelle vaste et effrayante inconnue ! Privilège des riches diront certains, pain quotidien du pauvre rétorqueront d’autres, chez nous, c’est d’abord un problème. Perdre du temps… au fait, comment ça marche, comment ça s’écrit, quelqu’un aurait-il un mode d’emploi ? Rigolez, rigolez, mais oui, on ne connait pas et pour cause, jusque là, c’est bien le temps qui nous manquait !

Notre sommet atteint, nous sommes sur le point de descendre, prêts, dans les starting block mais le bateau lui, n’est pas là.

Météo mitigée sur le tour, des nuages noirs menaçant s’amoncellent sur les hauteurs de cette cité hors du temps où minarets, dômes et clochers rythment la vie des gens. Quelques gouttes perlent sur les parkas, c’est l’hiver. Un rayon perce, une éclaircie, à cette latitude, ça brule. D’un coup, c’est l’été. A l’image de cette météo aux variations brutales, nous projetons donc de faire des zig-zag pour profiter au mieux de nos derniers jours en Israel et … perdre ce temps.

Tel Aviv, la côte israélienne, le Mont Carmel pour le 31… la situation n’est pas désespérée, il y a pire ! La vie est belle, on est heureux et ce n’est pas la première fois que notre route dessine des détours.

Finalement, cette perte de temps est peut-être une chance, un enrichissement dans le périple. Privilège du voyage et « hasard » de l’actualité, nous voilà à Jérusalem puis à Tel Aviv, au coeur d’un pays nouvellement rentré en guerre. Un peu comme Léon l’Africain le personnage d’Amin Maalouf à l’incroyable destinée, nous voilà spectateurs de « la vie des autres », témoins des préoccupations des gens vivant à quelques kilomètres d’un conflit interminable s’assoupissant pour mieux se réveiller, brutalement.

En pleine promenade sur les hauteurs d’ Ein Kerem, non loin de Jérusalem, des grondements sourds suivis du raffut des avions de chasse volant à très haute altitude suscitent d’abord notre interrogation. Entrainement militaire, orage d’été, dynamitage de carrière ? Les pronostics vont bon train. A plus de 70 kilomètres de la bande de Gaza à vol d’oiseau, impossible d’imaginer que ces bruits inquiétants peuvent bien être des bombardements. Autour de nous, personne ne réagit, la vie suit son cours. Nonchalant le glacier continue à peaufiner son cornet, le muezzin n’infléchit pas ses lamentations, le serveur court toujours une fraiche à la main… Et pourtant, sur le net, les dépêches AFP tombent, 270 morts, 300 morts, les chars se massent à la frontière, 6000 réservistes sont appelés en renforts. C’est à 70 kilomètres d’ici…

De retour à Jérusalem pour la soirée avant notre départ pour Tel Aviv, nous nous installons dans un bar d’une rue branchée. La rue est bondée, c’est l’effervescence. Dans un défilé de kippas plus délirantes les unes que les autres, on a du mal à croire que le pays fait la une des journaux internationaux. Une kippa schtroumpf passe et ça chante, une kippa « Pringles » se lève et ça trinque, une super kippa atomique bondit, ça sourit. Le festival est déclenché par la kippa pastèque ! Ici, dans le Jérusalem ouest, un soir d’offensive militaire historique, on s’amuse. La guerre semble très loin.

Quelques minutes de marche et nous voilà dans Jérusalem Est. La Jérusalem arabe dans laquelle Mathilde notre logeuse habite. La Jérusalem arabe où les juifs ne mettent pas les pieds. Ce coin de ville où les arabes israéliens n’ont pas les même droits que leurs compatriotes juifs… Le spectacle ici est pour le moins différent. En signe de contestation, des poubelles sont incendiées, les devantures des magasins sont fermées, le souk vit au ralenti, c’est la grève. A sa manière, la rue arabe proteste, avec ses moyens. Tout ça reste très modéré néanmoins. On s’attendait à pire, les débordements sont sporadiques et pour cause, devant la porte de Damas, la police anti émeute veille. Dans la vieille ville, tout est étrangement calme, presque mort, pas de revendeurs de pita, pas de maraichers, nulle trace de falafel cooker. L’accès à l’esplanade des mosquées est encore plus limité. On se ballade dans cette ville qui nous est maintenant familière et nous apprenons, dans la presse, qu’à l’endroit même où nous achetions des fruits la veille, des combats sporadiques entre des jeunes arabes et les forces de l’ordre ont éclatés quelques heures auparavant. Nous étions à quelques mètres et pourtant, nous n’avons rien vu, rien entendu… Pour nous aussi, la vie continue, il est grand temps de filer sur Tel Aviv !

On quitte Jérusalem. Les premiers coups de pédale en direction de la maison. Ca se fête, on a le sourire au lèvre. Comme un bon solo de Dire Strait, la route varie, change, plonge, s’emballe, se calme puis se déchaine ; un mélange de joie du départ, de morosité due à la perte de temps, de dureté face à un paysage aride coupé par un long mur en béton. Le mur de la honte avoueront certains Israeliens rencontrés. Un mur gris, dur, honteux mais un mur efficace. Il n’y a plus d’attentats suicide en Israel.

La route monte, puis se calme, à mesure que l’on s’éloigne de la Cisjordanie, elle devient plus clémente et plus verte dans la descente vers Tel Aviv. Petit à petit le paysage s’épure, le ciel sombre se dégage, la mer n’est plus très loin. Les montagnes désertiques qui nous accompagnaient jusque là laissent place à une plaine où le vent nous pousse. Coup de cymbale, rif de guitare et d’un coup, ça se déchaine, c’est le délire ! Nous sommes sur l’autoroute ! On reprend nos vieux réflexes stambouliotes. Mordre la glissière et foncer droit devant. Le vent aidant, on arrive sans encombre à Tel Aviv. En quelques kilomètres, nous voilà en occident, ça jogge, ça brunch, ça go shopping… ici, apparemment la guerre n’existe pas.




Quitte ta robe de tristesse…

27122008
Jérusalem balade vieille ville
Album : Jérusalem balade vieille ville

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Jerusalem quartier ultra orthodoxe
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Reprise du blog…

Fin de la trêve, départ des parents, les heurts israelo-palestiens reprennent, le blog aussi.

Jérusalem


Bonjour à tous et avant toute chose, joyeuses fêtes. Après quelques jours de pause dans le blog nous voilà de retour. Voici six jours que nous sommes à Jérusalem et pas une nouvelle, silence. Pour autant ce ne sont ni les visites ni les surprises qui ont manqué. Recueillement, retour sur soi ? Happés par le mysticisme de la ville trois fois sainte, la route de l’Olivier ferait elle silence ? Les messages de soutien eux, affluent de toute part, l’audimat du blog explose, 9000 visites pour 7860 km parcourus. La courbe s’envole, notre vitesse de rédaction quand à elle, plonge ! Merci à vous, on ne pensait pas vous manquer autant.

Alors la moindre des choses est d’être un tant soit peu honnête… mysticisme, recueillement, retour sur soi… oui, un peu, bien sur ! Mais on a surtout pris des vacances avec l’arrivée des parents de JB à Jérusalem. Quatre jours en presque famille, sans blog, sans Internet, sans vélo, quatre jours de ballades, de rigolade, de sandwichs falafels particulièrement mauvais, quatre jours à arpenter les rues de Jérusalem et ses environs. Mer morte, forteresse de Massada, Bethléem, son mur et une messe de Noël introuvable, le Mont des Oliviers, la via Dolorosa, les quartiers arabes puis ultra orthodoxes juifs, Jérusalem n’a plus de secrets pour nous.

Jérusalem, carrefour des chemins méditerranéens, notre sommet est atteint. En ce 25 décembre, entouré des proches de JB, la route de l’Olivier a atteint le Mont du même nom ! La vue là-haut est splendide, on vous l’assure ! Perchés sur notre esplanade, un rameau entre les mains, nous contemplons le chemin parcouru. Long, sinueux, parfois dur mais souvent exaltant, la route nous a comblés. Chacun de nous deux, à sa façon, a atteint ses objectifs. Mais tout bon montagnard sait que ce qui fait la réussite d’une course, ce n’est pas le sommet, c’est la descente : il faut encore rentrer à la maison ! La Route de l’Olivier prend un virage symbolique.

Privilège de ce voyage, nous avons donc passé Noël à Jérusalem. Pour l’un, les proches étaient là et bon sang que c’était bon ! Pour l’autre, le Noël fut atypique, loin des siens, il eut un autre goût… Un peu comme le Mont Blanc, course mythique et surpeuplée, Jérusalem présente un double visage, mélange de mythe, d ’émerveillement et d’un vague désappointement .

Il est fascinant de marcher sur les pas de Jésus, de visiter les lieux saints et de poser enfin une image sur des noms qui nous sont familiers. Le mont des Oliviers, les jardins de Gethsemani, le calvaire, le tombeau, autant de lieux qui depuis longtemps occupent notre imaginaire. Autant de lieux que nous pensions pleins d’une ferveur impalpable, d’un esprit, d’un truc… Ce mysticisme, nous ne l’avons pas ressenti, mais croyant ou non, il est indéniable que ces lieux transportent, ils sont hors du temps. Suivant les pas des millions de pélerins qui nous ont précédés, on prend petit à petit conscience de la symbolique de l’endroit. L’important finalement, n’est pas tant Jérusalem, mais plutôt le chemin parcouru pour l’atteindre…

A dire vrai, aucun de tous ces lieux ne correspondait à l’image que nous nous en faisions. Le Golgotha que nous imaginions sombre, élevé, à l’écart de la ville ne fut en fait qu’un petit monticule séparé d’à peine 20 m du tombeau dans lequel le Christ fut déposé. La ville se déplaçant au cours des siècles, voilà qu’il se trouve maintenant au coeur de la ville, rasé, symbolisé par une basilique gigantesque et multiple aux enchevêtrements de couloirs et de niveaux labyrinthiques.

Désenchantement quand on voit à quel point Jérusalem peut être parfois une ville aux communautés repliées sur elles-mêmes, oublieuses du monde et de leurs voisins. Dans les ruelles à l’entour de Mea Sharim, des Juifs orthodoxes, antisionistes et traditionalistes, perpétuent dans leur manière de vivre et de s’habiller les coutumes issues des ghettos d’Europe orientale. Chapeau noir, jupes plissées, foulard bien serré et longues papillottes, pantalons trop courts et école talmudiques, rien n’a changé depuis le XIXème siècle. Même les mines inquiètes et la démarche des pâles étudiants nous rappelle les heures sombres de ces ghettos où les ancêtres de ces orthodoxes étaient concentrés. Ils ne fréquentent jamais le centre ville, où des Israéliens « normaux » sortent dans des cafés, vêtus à la mode occidentale. Eux-mêmes ne vont jamais dans Jérusalem-Est, alors que les ultras n’hésitent pas à traverser la vieille ville pour se rendre au Mur des Lamentations. Ce lieu sacré est relié au Saint-Sépulcre par le quartier dit « des babioles » : un vaste fouillis de boutiques où l’on vend à des touristes qui se disent pèlerins des icônes en relief, des chapelets musulmans en plastique, des bâtons de pèlerin, des kipas brodées et des sandales de Jésus.

Les Arabes, pour leur part, mènent dans Jérusalem une vie rangée : contrairement à n’importe quelle ville arabe, tout ferme à 17h. On trouve, ici seulement, de quoi manger, s’habiller, bref, vivre. Les habitants de Jérusalem-Est semblent les plus normaux des Hiérosolymites, mais est-ce bien certain ? En tout cas, c’est parmi eux que l’ont se sent le plus à l’aise. Cela reste étrange tout de même. Prenant des photos à Mea Sharim, nous nous faisons aborder fort amicalement. On papote cinq minutes avec un homme à chapeau jusqu’à ce qu’il nous dise tranquillement : « on peut prendre des photos comme on veut, ici, on est en démocratie. Ne vous inquiétez pas, c’est un pays libre… il n’y a pas d’Arabe. »


A l’heure où nous écrivons, le sourd grondement des bombardements sur Gaza nous parvient, des fumées s’élèvent dans la banlieue de Jérusalem, des poubelles flambent, quelques hélicoptères survolent l’appartement de Mathilde, notre logeuse de choc dans cette ville mystérieuse. La trêve de Noël est bel et bien terminée, les parents sont partis, il est grand temps de quitter Jérusalem. Show must go on, le voyage continue.




35 lieues sous les mers…

21122008
la vallée du Jourdain vers la mer Morte
Album : la vallée du Jourdain vers la mer Morte

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Haifa, magnifique port industriel relié à l’arrière-pays par une non moins superbe 2×3 voies à double échangeur. Haifa, c’est un peu Toulon sans l’arsenal, Brest sans la rade ou Marseille, sans Notre Dame de la Garde, c’est un port, un grand port, mais un port sans intérêt. Un peu candides sur les bords et légèrement transformés par notre bain prolongé dans les souks arabes où le commerce main à la main est le standard de tout échange, on se dirige droit vers les quais en espérant pouvoir taper à la porte du premier ferry du coin. C’est finalement un gorille lourdement armé mais éminemment sympathique qui nous rappelle qu’ici, c’est le monde moderne et qu’ici, le billet s’achète dans un bureau, en centre ville. On en apprend tous les jours !

Arrivée en centre ville ; il est tard et ce qui devait être une broutille à gérer se transforme en management de la complexité. On reporte la gestion du problème au lendemain et on cherche un endroit pour dormir. Coup de chance, on tombe sur soeur Pascale, une religieuse libanaise responsable du foyer Saint Vincent de Paul, une sorte d’hospice accueillant des enfants lourdement handicapés.

Soeur Pascale c’est une sereine boule d’énergie tournée vers les autres. Ponctuant la fin de ses phrases par des Yallah aux forts accents de soeur Emmanuel, elle nous offre une chambre et fait la promotion de notre périple auprès du personnel de l’hospice. Ici, c’est un peu comme chez les Blouses Roses, l’association d’animation à l’hopital qui nous suit. 110 personnes travaillent tous les jours au bien être d’enfants handicapés. Juifs, musulmans ou chrétiens l’équipe multi confession est placée sous la houlette de soeur Pascale. Sur le balcon surplombant les bâtiments, elle nous parle un peu de sa mission et nous avoue avoir débarqué ici il y a de nombreuses années sans rien connaître du handicap. Les débuts ont été difficiles et elle a mis du temps. Depuis, elle n’a pas arrêté de s’occuper de ces enfants et de l’expérience, elle en a accumulé, elle cerne leurs réactions, leur peur, leur psychologie, nous qui n’y connaissons rien, on tend l’oreille et on apprend. Belle leçon qui ne nous fera pas regretter notre passage dans ce superbe port d’Haifa.

On remet les voiles vers Nazareth. Rapide coup d’oeil sur la carte, décidement, on n’est pas avare en détour ! Depuis notre entrée en Israël, on navigue à vue. La planification se fait au jour le jour sans soucis des détours. Tibériade, Haifa, Nazareth puis Jericho… ou pourquoi faire droit quand on peut faire des boucles ou demi quart de boucles ?? Sur une superbe voirie dallée de tessons de bouteilles Israel nous gratifie d’un petit record du kilomètre crevaison. 30 kilomètres, 3 crevaisons qui dit mieux !

Nazareth se profile au loin. Plus importante ville de la Galilée, on ne s’attendait pas vraiment à une ville de la sorte. Foin, pas de charpentier, pas de vieille charrue, on cherche un grand barbu costaud au regard perçant, en vain. Comment ça ? Nazareth aurait elle évoluée. Autour de l’énorme basilique à l’architecture étrange représentant un melting-pot de style , la ville respire au rythme du monde arabe. La conduite y est proche du style libanais, dans la rue, on peut tout acheter, partout et à n’importe quel moment, les échoppes vivent et ça contraste fortement avec Haifa ville juive où tout est fermé à partir de 20h. Pour autant, tout semble être plutôt calme et on s’étonne qu’il n’y ait pas plus de pélerins à cette époque. L’étonnement sera de courte durée. Le lendemain, alors que nous prenons la direction de la mer Morte via la vallée du Jourdain, des cars entiers se déversent dans les rues. Nazareth devient le temps de la journée un vaste Jesus Land avant de retrouver sa tranquillité le soir. Pas mécontent d’être arrivés en dehors des heures de pointe, on quitte la ville et on file vers la mer.

Sur la carte, ça descend mais dans les jambes, ça monte. Saleté de vent de face encore et toujours ! En s’enfonce, 0 m, – 10, – 100, – 400 on n’a jamais été autant au fond du trou. Petit à petit on quitte la verte plaine de Galilée pour la vallée du Jourdain. Le paysage change au fil de l’eau qui se fait de plus en plus rare. Les étendues désertiques ponctuées d’oasis de palmiers remplassent petit à petit les champs cultivées à grand renfort d’irrigation pompée dans le Jourdain. Le mer morte baisse, on l’a appris à l’école. Aprés avoir vue ces immenses exploitations on sait pourquoi.

Passage en cisjordanie et check point virtuel. Pas un contrôle mais d’amicaux saluts et sourires. La guerre sous cet angle n’est pas désagréable. A partir d’ici on roule dans les terres de saint Jean Baptiste et c’est un fait, le pauvre, il ne devait vraiment pas avoir grand chose à se mettre sous la dent. Difficile même de trouver des sauterelles, il n’y a que des cailloux rongés par le soleil.

Sur cette route désertique descendant la vallée du Jourdain, nous rencontrons cette sacrée personnalité. Il s’appelle Jan : Jean… heureux hasard dans cette zone !

Jan vient des Pays Bas et depuis 6 mois, Jan marche, il marche vers Jérusalem. L’Anatolie, la Syrie, Banias et les pères maronites qui nous ont accueillis, Mohammed le Marocain, la Jordanie et ses falafels, Jan a pris les mêmes routes que nous et parfois nous avons croisé les mêmes personnes. Jan marche et il marche plutôt vite le bougre ! Le teint mat, la peau burinée, Jan est sur le point de boucler sa boucle. Appuyé sur sa petite canne de bois, Jan a 68 ans et n’a rien d’un retraité passif. En guise d’entrainement l’année dernière, il s’est fait Saint Jacques de compostelle en partant de sa Hollande natale… tu parles d’un entrainement ! Dans ce paysage désertique coincé entre une vallée du Jourdain aux allures d’oasis et des montagnes blanches ressemblant fortement à un énorme champs de bosse, Jan parcoure ses derniers kilomètres avant Jérusalem. Pour lui, c’est la fin du voyage, pour nous, c’est la moitié, après on rentre à la maison, on redescend de notre montagne !. Le sourire en coin, il nous raconte des bouts de son histoire. Une sorte de pèlerinage nous dit-il; une sorte de … Jan restera très évasif sur le but de son voyage. On sent chez lui en revirement, une désillusion ; pour le moment, il marche vers Jérusalem un point c’est tout. Pour autant il ne résiste pas à nous raconter son passage en dernier check point israélien. « have fun » lui lança un jeune militaire en lui rendant son passeport. Non, pas « have fun » rétorque Jan. « Have joy, just joy ! » Jan a 68 ans, il est hollandais et il marche vers Jérusalem, juste pour le plaisir !!

On se quitte. La route continue au propre comme au figuré. En plein territoire palestinien, on approche de la mer morte, on longe une immense colonie juive, on passe par un endroit supposé avoir été un lieu de prêche de saint Jean Baptiste puis le désert, le désert et encore le désert. c’ est beau, c’est grandiose mais c’est long. Au bout de 130 km, on affale dans la ville de Jericho en plein territoire palestinen. C’est une école qui nous ouvre ses portes. Une école chrétienne dans une ville musulmane, une école un peu spéciale à dire vrai. comme en Italie, dans les fameux oratorio elle s’est rapidement transformée en espace de vie pour la communauté. Cours de sport, organisation d’une fanfare, cours de chant, exposition, voyage, l’école est une sorte de grande Mjc ouverte à tous. Ayant bonne réputation, les musulmans y viennent pour étudier, les français y viennent pour dormir et parfois même, les profs viennent pour enseigner !

Devant le spectacle d’une équipe de basket à l’entrainement, on discute avec ces jeunes Palestiniens. Israel, les contrôles, la Jérusalem interdite… tout de suite, la discussion tourne autour du conflit. La vie n’est pas simple pour eux mais pour autant, pas de défaitisme. Ils ont tous des projets d’avenir, ces sympathiques jeunes palestiniens ont décidément bien la tête sur les épaules.




Les portes du Paradis

18122008

 

 

Galilée
Album : Galilée

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Nous regretterons de n’être restés qu’une journée en Jordanie. Les falafels sont toujours à 25 centimes, et les gens toujours aussi agréables jusqu’à  la frontière. Et la frontière est loin ! Nous n’étions pas montés depuis le Liban : voici que la route descend entre des collines desséchées vers
la Palestine. Descend. Descend encore. Nous plongeons vers la vallée du Jourdain. A  deux cent mètres sous le niveau de la mer, les arbres ont des couleurs printanières : la vallée est verdoyante entre ses bords blancs et ravinés ; c’est l’été. Jean-Baptiste se sent chez lui, le lycra a juste remplacé la peau de chameau… Un peu d’émotion tout de même en arrivant sur cette terre si convoitée, si céleste et si meurtrière. En revanche, dur de trouver la frontière ! Ou plutôt, non, la frontière, on la voit, mais, le point de passage, invisible ! A la première tentative, on se trouve coincés devant la barrière de la caserne du coin, à la deuxième, le douanier nous apprend que le point de passage est réservé aux poids lourds, la troisième tentative est la bonne. Mais ce n’est pas tout, il faut encore passer. Les véhicules privés étant interdits, nous devons démonter les vélos pour les faire entrer dans la soute d’un bus. Bien entendu, on paye et le responsable de ce rackett organisé est aimable comme un chien turc.  Ambiance ambiance, 10 € le kilomètre, trente minutes d’attente, on rit jaune. Complétement dégoutés de passer cette frontiére mythique dans un bus on se console comme on peut en se faisant de nouveau amis. 5 ans, 7 ans et 13 ans, nos camarades de transit sont de petits jordaniens qu’on attire à grand coup de distribution de M&Ms. On améliore l’image de
la France comme on peut Mr le Président …

Le bus est contrôlé sous tous les angles, les vélos sont en kit et interdiction de les remonter, il faut tout passer au rayon X des fois qu’on cacherait du plastique dans le cadre.  On note au passage que les miliciens israeliens sont formidablement mieux équipés que leurs collègues syriens ou libanais. Notre inventaire du fusil mitrailleur s’étoffe.

A l’arrivée,  ambiance bonne enfant  de colonie de vacances sur le tour. Il fait chaud, les palmiers nous font une haie d’honneur et les douaniers sont beaucoup plus avenants que la normale. La frontiére israélienne a beau être une des plus laborieuses du monde à passer, elle n’en est pas la plus désagréable, loin de là… Vive le service militaire pour les femmes. Alors qu’auparavant, les douaniers avaient tous plus ou moins le look Sadam défréchi, ici, c’est une petite garnison de sosies de Lara croft en treillis rangos qui nous contrôle. C’est frais, c’est souriant et c’est sous une pluie de battements de cils que nous tendons nos passeports. Hypnothisés les guguss, impossible de réfléchir. Ils ont la main les Israeliens pour les interrogatoires. C’est limite de la torture passive.

 Vous êtes passés en Syrie ?

Voui madame!

Au  Liban ?

 Voui, madame

et ensuite, vous aller où ? En Libye  ?

 Voui… et moi, c’est JB. 

Syrie, Liban, c’est louche tout ça. On s’assoit, on sourit, on re sourit et on attend.  Trois heures en tout, trois heures dans une salle d’attente, alors que tout le monde, de la grand-mère palestinienne aux valises remplies de friandises au Français désagréable, passe sans problème. Aucune information disponible, les douanières ne savent pas ce qu’on fait avec nos passeports… On finit tout de même par nous les rendre avec des bonbons à la menthe et un sourire. Enfin !

Il y a juste un petit souci : entre la recherche de frontière et l’attente, on a perdu notre après-midi et la nuit approche. La route est éclairée, nous sommes en forme, les Israéliens conduisent bien : étape de nuit. 50 kilomètres qui passent comme une lettre à la poste. Nous faisons les courses. Et là, c’est la drame. Bien sûr, il y a, enfin, tout ce dont nous rêvions depuis l’Europe. Mais, c’est encore pire : nous ne pouvons pas l’acheter. Argh ! Sisyphe on ne sait pas, mais Tantale était heureux ! Il n’avait que de l’eau et des pommes, lui ! Bref, notre pouvoir d’achat a pris un coup et, si on ajoute les prix et l’arrêt des piétons au feu rouge, on est en Suisse. Nous squattons les douches d’un camping abandonné, sur les bords du lac Tibériade. Un vrai palace avec l’eau, l’éléctricité et une vue magnifique sur les toilettes. Au fond de nous, une voix résonne… « Homme de peu de foi, pourquoi as tu douté ? » ce soir, nous ne doutons pas d’une chose, la bonne étoile qui nous suit depuis le début fait du beau boulot.

En Grèce, les villes portaient les noms de l’histoire et de la légende grecque. Ici, les noms n’ont pas changé depuis Jésus. Nous sommes en Galilée. En remontant la vallée du Jourdain, nous arrivons d’abord à Tibériade, sur les bords du lac, puis, en poursuivant vers le nord, nous passons la nuit dans notre camping de Magdala, la ville d’origine de Marie Madeleine. Le lendemain,nous traversons les collines de Galilée, vers la mer. Ça monte, mais c’est beau ! Sur les hauteurs autour du lac de Tibériade, tout est très sec. Mais ensuite, oui, vraiment, dans ce pays coulent le lait et le miel ; les vaches paissent tranquillement sous les oliviers, une herbe émeraude sent
la Normandie et, lorsque nous passons à quelques encablures de Nazareth, nous comprenons pourquoi cette terre est la plus disputée du monde.

Enfin, après les collines, après la plaine, la mer ! La vraie,
la Méditerranée, celle que nous connaissons. Vieilles pierres blanches, sieste, chaleur et petit port, nous revoici en Grèce, en Croatie, en France. Akko, ville fortifiée du moyen âge, ça sent le farniente et l’art de vivre.  Dans les ruelles, on vend du poisson, des épices, des tissus colorés. Sur le port, on pèche à la ligne, la casquette sur le nez. L’eau est meilleure qu’en Bretagne en plein été. Sous les murailles de Saint-Jean d’Acre, Saint Louis et Napoléon ont pris cher, mais pour nous, c’est le bonheur !




Au pays des Bédouins

17122008

De Damas à Bosra
Album : De Damas à Bosra

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     JB quitte Damas en très petite forme. Mais dès la sortie de l’agglomération, il commence à se sentir mieux et dans la grande plaine ocre du sud de la Syrie, nous filons d’un bon train malgré une légère brise. Qui fraîchit franchement. On avance, mais bientôt, au milieu des champs de cailloux, on fatigue… Bosra, 77 kilomètres nous informe un gentil panneau, tiens c’est marrant, on en a déjà fait 52… Ca fait beaucoup, d’autant plus que nous n’avons que du pain sec et pas beaucoup d’eau. Enfin, on y arrivera, mais ce n’est pas drôle.

     Sur l’horizon de la route, un petit point reste immobile. Puis se rapproche. Un gros sac, un bob, un pantalon de toile… certainement un étudiant néerlandais qui visite les pays arabes, un pèlerin danois qui arrive juste à temps à Jérusalem ou un néo-zélandais sportif. On rattrape le piéton, qui lance un grand « bonjour » !

- Ah, vous êtes français ?

- Non, je suis marocain, de Casablanca.

Mohammed est sur la route depuis trois mois. A pied souvent, en auto stop parfois, en avion entre le Caire et Damas, il visite les pays arabes. Pour le plaisir. Pour rester en bonne santé. Dans ses simples baskets type promenade du dimanche, il avale 30 à 35 km par jour. Nous qui nous plaignions de cette route interminable battue par le vent, nous ne sommes finalement pas les plus à plaindre. Drôle de rencontre qui nous renvoie à notre fou d’Australien avalant les kilomètres en chemisette sur une route anatolienne froide et détrempée. Décidement, quand la route est dure, les galériens de l’asphalte se rencontrent.

     Momo, le sourire vissé aux lèvres, a 56 ans, a fermé sa petite boutique et profite de ce qu’il vit seul pour voir un peu le monde, à sa manière, en marchant. Au milieu du désert libyen, dans les collines de Kabylie, il sort sa tente et son sac de couchage et prie Dieu de prendre soin de lui.

- Êtes-vous croyants ? nous demande t-il.

Il se réjouit de ce que nous soyons frères et adorions le même Dieu. Mohammed, c’est un privilégié, lui, il a trois prophètes, Moïse, Jésus et Mahomet. Nous, on fait presque pâle figure, nous n’en avons que deux, les Israéliens (sic) un seul. Il n’a plus d’eau dans sa gourde, nous lui en donnons, et nous grignotons une mandarine et une tranche de pain. Nous nous reverrons au Maroc, ou au ciel, Inch Allah !

     Epuisés comme jamais, nous parvenons à Bosra, «  la limite de la zone aride » disent les panneaux du site archéologique. Qui parlent aussi de la « riche terre » formée par la dégradation du basalte sous-jacent qui donne à la ville sa couleur noire. Les archéologues devraient sortir un peu de leur bouquins et de leurs inscriptions latines, ils verraient mieux qu’autour, c’est de la poussière, trois moutons et quelques oliviers un peu secs !

      Comme un certain couple il y a 2009 ans moins quelques jours, nous avons du mal à trouver un toit pour la nuit… finalement, comme eux, nous trouvons une étable. Très chic. Murs de pierre, voute et plafond de pierre, sol de poussière, nous dormons dans les ruines. Ou la vieille ville : 5000 habitants tout de même, mais où sont-ils ? On voit simplement des paraboles qui dépassent entre les colonnes romaines ! Un site exceptionnel, surtout pour nous qui avons raté Palmyre et Petra : on se cultive comme on peut. Vous pouvez toujours aller voir jmmeuret.unblog.fr ou les2pedalent.unblog.fr, nos collègues d’échappée, pour comparer !

      En tout cas, le lendemain, nous ne sommes pas fâchés de quitter la Syrie : nos derniers contacts à Bosra on été un peu décevants. Un peu avant la frontière jordanienne, nous retrouvons quelques gestes que nous n’avions pas vu depuis quelque temps : on nous offre un thé, on tend la main pour faire une claque en passant… Damned, la Syrie voudrait-elle nous retenir ? Ou est-ce, à quelques kilomètres de la douane, un avant-goût de la Jordanie ? Un peu des deux…

     Un douanier qui s’ennuie nous raconte sa vie et fait un peu de philosophie hédoniste, ses collègues, aux barrières successives, sont souriants. Puis, on traverse des oliveraies en duty free avant d’arriver… au pays des schtroumpfs ? Les gens sont bleus, ils rient tout le temps et il semble bien qu’ils n’aient aucun souci. A la première barrière, on nous donne un petit papier jaune parsemé de deux ou trois lettres arabes que Bruno ne connait pas encore.

- attendez-là s’il vous plaît.

On a fait une bêtise ? Il faut attendre pour le visa ? Il n’est pas l’heure ? Les vélos ne sont pas conformes ?

- comme tou appeler ?

- ah vous parlez français ?

- un peu. Comment on dit « how many time do you stay in Jordan » en français ?

- ah. Ben si c’est juste pour un cours alors !

Les collègues, admiratifs, écoutent, le fusil à la main. C’est un peu long, il faut l’écrire parce que sinon il ne retient pas, mais c’est un bon moment et, après cette offrande d’un nouveau membre à la communauté francophone mondiale, on file vers la barrière suivante, où l’accueil est tout aussi bon enfant.

     La blague du jour, ou comment rester coincé la frontière à cause d’un dinar ? Le visa coûte dix dinars, il nous en faut deux et nous n’avons que dix-neuf dinars en liquide. A la frontière, pas de distributeur de billets ; quant à la petite banque locale, elle n’a de banque que le nom et ne prend pas la visa. Ca coince et on se sent bien benêts. Finir bloqués à la frontière à cause d’un dinar, c’est loin d’être classe. On essaye de mendier à la banque mais rien n’y fait, une banque est une banque et le banquier est rationnel, la compassion, c’est trop risqué… Une chose est sûre, la banque pour JB, s’est fini ! Finalement, c’est le douanier lui même qui met la main à la poche. Il nous offre un dinar et lance sans même le savoir un grand mouvement de générosité jordanienne : à peine a-t-on mis les pieds en Jordanie qu’on se fait accueillir comme le roi Abdallah.

     Nous faisons les courses dans une sorte de supermarché de fruits et légumes. Pendant que JB fait ses emplettes, Bruno tient son vélo sans béquille. Entre deux questions que JB lui crie, il explique son voyage au caissier. Deux thé arrivent, on se croirait en Turquie ! Et puis des bouteilles d’eau : ah, merci. Un troisième thé, pour JB qui semble vouloir nourrir un régiment. Un vendeur lui demande :

- et vous dormez où ? Bien rodé, JB de répondre : ah, ben on ne sait pas, on n’a pas beaucoup d’argent alors…

- Mais c’est cadeau alors, prenez, prenez ! Et bienvenue en Jordanie !

Un peu plus tard, c’est plus courant, mais ça fait plaisir, impossible de payer notre demi-litre d’essence. Et surtout, surtout, les falafel ne coûtent que 25 centimes d’euro ! Vive la Jordanie !

     Ce soir, c’est dans un palace que nous logeons. Une maison jordanienne en construction nous a ouvert les portes qu’elle n’a pas encore. Comble du grand luxe, l’eau du puit n’est pas loin et l’électricité est détournée du lampadaire… ce soir, on renoue avec les vieilles habitudes grecques et on regrette presque un peu de ne passer qu’un jour en Jordanie.




Damas la coquette

13122008

Damas la coquette
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Damas
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Le jour se lève sur Damas. Dans la ville, le muezzin s’est recouché et les taxis commencent à klaxonner. Pas trop tout de même : les Damasiens sont des gens calmes et ils respectent le code de la route. Les gardes du palais présidentiel ont les traits tirés ; ils attendent avec impatience la relève qui tarde et dodelinent de la tête sur leur fusil à crosse de bois. Le pain cuit sur les coussins, les balayeurs parcourent les rues et arrosent la chaussée. Dans la vieille ville, les rideaux de fer et les volets des boutiques de souvenirs sont clos. Bientôt, tout s’animera et, dans quelques heures, la tranquille cohue des Damasiens encombrera les rues. Dans le couloir, Kadija s’impatiente. Vingt minutes qu’elle est debout, et pas moyen d’accéder à la salle de bain ! C’est son petit frère, Saïd, qui se fait beau. Pommade, gomina, chaussures bien cirées, fine moustache, enfin il est prêt. Ah, non, un cheveu de travers : ça ne va pas du tout. Un dernier coup de peigne, du parfum, un coup d’oeil dans la glace et il ouvre la porte, rayonnant, prêt à affronter une dure journée de travail et à s’exposer aux regards de la foule. Lassée, Kadija est allée se plaindre et lorsqu’elle revient, damnation, Papa est dans la place ! Heureusement, il est moins perfectionniste. Mais cela dure tout de même. C’est qu’on ne peut pas sortir comme cela dans les rues de la capitale syrienne ! On a un rang à tenir ! Alors, Kadija, comme sa mère, renonce pour le jour d’hui à donner un coup de brosse à la nouvelle coupe à la mode qu’elle a demandé à sa coiffeuse. Pressée par le temps, elle jette un châle sur ses épaules pour cacher le désordre de sa coiffure et part en courant pour la fac ou la boutique où elle travaille. Comme elle, une bonne partie des Syriennes devront faire de même ce matin, à cause de la coquetterie de leurs conjoints qui squattent indûment la salle de bain, le miroir et la réserve de produits de beauté. Le Syrien, comme le Libanais d’ailleurs, prend soin de lui et de son image… 

9h30, il est plus que l’heure. Said enfourche son vélo et file au bazar. Aujourd’hui, il a une livraison à faire pour la boutique de Mehmet, son oncle. Sur sa bicyclette raffistolée, Said slalome entre les porteurs-livreurs de la grand-rue. Les boutiques ouvrent une à une, les rôtissoires à kebabs s’allument, le livreur de thé ne sait plus où donner de la tête, le bazar se réveille. Sous le grand hall,  c’est un ballet de camionnettes, de diables et de cartons de marchandises. Tout le monde ou presque vend la même chose. Tout le monde vend, mais pas grand monde ne produit. C’est bien le problème d’ailleurs se dit Said. Il a beau avoir quitté l’école un peu tôt pour gagner sa vie dans le souk, ses petits boulots de livreurs serveurs, il en a marre.  Said regarde autour de lui et contemple ce vieux monsieur courbé sur sa canne devant son étalage de pistaches. Des années qu’il est là ce monsieur, Said l’a toujours vu à cet endroit. Toute une vie devant son étalage.   Toute une vie… Said  lui, rêve d’une vie en dehors du souk.  Il rêve mais  pour le moment, pour gagner sa croute, difficile de faire dans l’original. Le travail ici, c’est  livreur, serveur, changeur de monnaie ambulant ou vendeur. Du haut de ses 13 ans, Said touche à peine les pédales de son vélo trop grand. Le lourd paquet de chemise troisième main qu’il doit livrer à la boutique de son oncle le déséquilibre terriblement. En voulant éviter une carcasse de mouton pendant au dessus du caniveau, Said manque d’écraser Momo, le vendeur de spirographe qui dessine au beau milieu de la grande rue. Pas vraiment un marché d’avenir se dit il. En remontant sur la selle qu’il a décorée d’un joli tapis le jour où il a décidé de décorer ses rayons avec des perles en plastique, il coince ses chaussures pointues trop grandes dans le pédalier et perd l’équilibre. Il s’étale tout du long sur la chaussée, peste, fulmine, et se relève péniblement. D’un rapide coup de peigne, il remet en place sa mèche soigneusement gominée et prend la direction de la grande mosquée. La boutique de Mehmet se situe juste en face de la galerie couverte. Un point stratégique te dira Mehmet, un point trop loin pense Said. 

Passant devant la mosquée il fait un grand signe du bras à ses cousins qui sont de sortie avec leur mère : dans la cour du bâtiment, ils font de longues glissades pendant que Tata discute et boit du thé avec la voisine, qui elle-même aime amener ici ses enfants à la sortie de l’école. Il faut dire que c’est l’endroit idéal, dans cette ville où les bancs et les squares sont des concepts étrangers. Dans la cour aux dalles lisses et ensoleillées,encadrée d’un péristyle à deux étages à la mode romaine en vieilles pierres blanches, tout le monde se retrouve pour flâner, se reposer, ou admirer les mosaïques dorées que les premiers souverains arabes ont commandées à des artistes byzantins. A l’intérieur de la mosquée, on retrouve également, au dessus de moelleux tapis, une voûte byzantine et les trois nefs d’une basilique romaine. Simplement, on a changé l’orientation du bâtiment. Du coup, il faut regarder sur les côtés pour admirer l’enfilade des colonnes corinthiennes à double chapiteau byzantin et les bonnes gens qui prient ou se reposent sur les tapis. Mais Saïd ne s’attarde pas. Il manque de temps et le voici déjà chez son oncle. Mehmet, c’est un numéro. 30 ans et peu d’embonpoint, il porte fièrement des lunettes fumées au dessus d’une fine moustache Dans l’arrière-boutique de son magasin, un portrait du président est en bonne place. Mehmet, il est trés fort pour le commerce ; il sait remettre à neuf et présenter ses chemises et ses chaussures et les vendre un bon prix. Les chemises troisième main que Saîd apporte seront écoulées dans la journée.  Devant la boutique, une altercation oppose un conducteur de bus et un jeune homme qui conduit son père dans une voiture toute neuve. Damas est bien calme et ordonnée pour une ville arabe, même dans les ruelles couvertes du souk : un tel différent s’entend de loin. Rapidement, un policier intervient et l’affaire se calme. Saïd admire le bel uniforme du gardien de la paix et son bâton de circulation, puis s’éclipse : il a à faire dans le quartier chrétien, à quelques pâtés de maison de là. Il a cinq minutes et il aimerait bien boire tranquillement un jus de fruit fraîchement pressé avant d’y aller. Il hésite, comme toujours, entre le classique jus de betterave et un cocktail banane-grenade. Ou orange-poire ? Ah, c’est difficile ! Du coup, il ne prend rien : c’est toujours ça d’économisé ! Et il file. On le perd de vue alors qu’il tourne derrière une boutique qui vend des tapis et des ustensile en fer damasquiné. Bonne journée Saïd ! 

  







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